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1934-1939 l Les pionnières de la direction fédérale FSGT

À la naissance de la FSGT en 1934, rares sont les dirigeantes qui obtiennent des fonctions fédérales. Mais des pionnières aux carrières atypiques ont permis d’affirmer la place des femmes au sein de la Fédération et d’une société très conservatrice.

En septembre 1954, Denise Briday était mise à l'honneur dans la revue de la FSGT.

Alors que les organisations sportives demeurent essentiellement gérées par les hommes durant l’entre-deux-guerres, la question du rôle des dirigeantes dans la direction fédérale de la FSGT a été soulevée dès sa création, survenue en décembre 1934 lors de la fusion entre l’USSGT (Union sportive des sociétés gymniques du travail) et la FST (Fédération sportive du travail).


À l’issue des discussions, il est clairement annoncé que les femmes doivent être incluses dans les activités menées par le Bureau fédéral et quatre dirigeantes l’intègrent. Parmi elles, Gisèle Balay et Lucienne Kling sont respectivement adhérentes de la Solidarité sportive et de l’Union sportive ouvrière du 12e arrondissement de Paris, deux clubs jusqu’alors affiliés à l’USSGT. À leurs côtés, Valentine Signeux, du Club athlétique ouvrier du 18e arrondissement de la capitale et Rose Guérard, de Montreuil, sont d’anciennes membres de la FST. Enfin, Denise Briday, qui a auparavant été active au sein du mouvement sportif communiste, devient la cinquième dirigeante de la fédération travailliste au cours de son premier Congrès fédéral (décembre 1935).


La plupart de ces femmes ont quasiment obtenu les mêmes fonctions à l’intérieur du Bureau fédéral. Toutes ou presque animent au moins une fois la Commission des finances, un organisme qui a alors pour mission de gérer le budget et de délibérer sur la stratégie financière de la FSGT. La Commission de contrôle, qui vise à assurer le bon déroulement des assemblées et à vérifier les situations budgétaires, constitue le deuxième organisme auprès duquel plusieurs d’entre elles ont pu obtenir des responsabilités.


Rose Guérard est la seule dirigeante à avoir obtenu des fonctions plus centrales en étant élue à la Commission exécutive de la Fédération lors du Congrès de fusion. Elle est reconduite à cette fonction à chaque Congrès fédéral pendant quatre ans. En plus de cette responsabilité, Rose Guérard est membre des Commissions FSGT concernant la presse et la propagande et elle met en place la Commission du sport féminin en 1936. En quelques années, elle est donc devenue l'une des figures les plus influentes du sport travailliste en France !


Une vision conservatrice

L’accès aux fonctions fédérales de ces femmes constitue le prolongement de trajectoires entamées en amont de la construction de la FSGT (lire encadré page suivante). Mais si leurs expériences à l’USSGT et à la FST ont permis de démontrer leurs compétences et d’acquérir une certaine légitimité, les intentions exprimées à l’issue du Congrès de fusion ne sont ni ancrées dans les statuts officiels de la Fédération, ni suivies d’une véritable politique visant à favoriser l’accès de dirigeantes aux responsabilités fédérales.


En 1934, les quatre femmes ayant obtenu des fonctions au Bureau fédéral représentent une très petite minorité parmi ses 42 membres. L’arrivée de Denise Briday semble laisser entrevoir une dynamique encourageante un an plus tard, mais le nombre de dirigeantes demeure toujours particulièrement limité dans l’ensemble de la direction de la fédération travailliste. Pire, leur place va même diminuer ! Après le départ de Valentine Signeux puis de Rose Guérard, seulement trois femmes sont présentes dans le Bureau fédéral à la veille de la Seconde Guerre mondiale et leur part est alors à son plus bas niveau (7,3 %).


La difficulté des femmes à accéder à davantage de positions de pouvoir dans la direction de la FSGT coïncide avec la réaffirmation d'une vision plus conservatrice de leur rôle dans la société française, y compris au sein des mouvements socialistes et communistes. Au milieu des années 1930, les préoccupations natalistes se développent en France, comme dans une grande partie de l'Europe, et conduisent à renforcer la défense d'un modèle familial très patriarcal. Les femmes sont alors essentiellement considérées à travers leur rôle maternel et elles sont ainsi davantage encouragées à s'occuper de la maternité et de leur famille, plutôt qu'à assumer des responsabilités dans des associations.


En raison des conceptions de leur rôle dans la société durant l'entre-deux-guerres, les femmes ne se sentent ni concernées par les affaires sportives ni capables d'exercer des fonctions. Elles tendent donc à s’autocensurer.


Des carrières atypiques

Dans un contexte où l’accès des femmes à la direction du mouvement sportif travailliste demeure limité, la combinaison de plusieurs situations favorables a toutefois pu permettre aux cinq premières dirigeantes de la Fédération d’aller au-delà des contraintes et d’obtenir des responsabilités fédérales.


La plupart d’entre elles ont tout d’abord obtenu des fonctions dans les organisations sportives ouvrières lorsqu’elles étaient encore de jeunes sportives âgées d’une vingtaine d’années. Cet accès précoce aux responsabilités, que ce soit à l’échelle locale, départementale/régionale ou fédérale, les a aidé à acquérir rapidement de l’expérience et à intégrer des réseaux qui ont pu faciliter leur entrée dans la direction de la FSGT.


De plus, au moment où elles accèdent aux responsabilités, Rose Guérard, Valentine Signeux et Denise Briday sont, toutes les trois, célibataires et sans enfant. Si la situation familiale de Lucienne Kling et de Gisèle Balay n’est pas connue, celle des trois autres dirigeantes dessine une tendance générale : en n’étant pas mariée, il semble moins compliqué pour une femme de s’engager dans le domaine associatif. Consciemment ou inconsciemment, elles se trouvent plus éloignées de l'influence des schémas familiaux dominants qui leur inculquent leurs obligations et leurs devoirs de femmes et de mères.


Valentine Signeux et Rose Guérard ont bien eu des partenaires au cours de leur carrière dirigeante, mais leur trajectoire n’a pas été rompue. Cela s’explique notamment par le fait que leurs compagnons, respectivement Albert Hannotin et Robert Chatron, tiennent eux-mêmes des responsabilités au sein de la FSGT. Elles bénéficient donc d’environnements familiaux particuliers qui renforcent leur investissement dans la fédération travailliste.


Enfin, la majeure partie des dirigeantes sportives ont une conscience politique et idéologique, qu'elles soient proches des mouvements socialistes ou communistes. Sans s'investir directement dans les questions politiques, Denise Briday a montré, au cours de son parcours, une profonde sympathie pour les valeurs et les principes communistes. De leur côté, Rose Guérard et Valentine Signeux sont des militantes communistes très engagées, tant auprès des organisations politiques que syndicales. Quant à Gisèle Balay, elle décide notamment de se porter candidate aux élections des déléguées régionales du Comité fédéral féminin socialiste en mars 1936. En se rapprochant des mouvements politiques ou syndicaux, ces femmes ont ainsi pu intégrer des réseaux militants. Réseaux qui constituent généralement une base pour le recrutement des futurs cadres des partis politiques, des Jeunesses communistes ou encore de la FSGT…


Après les départs de Valentine Signeux et de Rose Guérard, Lucienne Kling, Gisèle Balay et Denise Briday quittent à leur tour leurs fonctions fédérales quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Si seule Denise Briday, qui s’est activement engagée dans la Résistance en tant qu’agent de liaison du réseau Sport libre, reprend sa fonction de dirigeante fédérale à la Libération, c’est bien l’action de cinq premières dirigeantes qui a mis en lumière le rôle souvent méconnu des femmes dans la FSGT durant la seconde moitié des années 1930.


Yannick Deschamps, docteur en histoire contemporaine au Centre d'histoire des sociétés, des sciences et des conflits de l’Université de Picardie Jules Verne


 

Déjà engagées avant la FSGT

En 1934, Gisèle Balay, Lucienne Kling, Valentine Signeux et Rose Guérard deviennent les quatre premières dirigeantes fédérales de la FSGT. Mais ces femmes occupaient déjà des responsabilités au sein des deux organisations travaillistes qui donneront naissance à la Fédération en fusionnant : l’USSGT (Union sportive des sociétés gymniques du travail) et la FST (Fédération sportive du travail). À partir de 1933, Gisèle Balay obtient, par exemple, des fonctions au sein du Comité régional de la Seine de l’USSGT en devenant membre de la Commission sportive féminine, notamment au côté de Lucienne Kling. Cette dernière est aussi une des dirigeantes de la Commission régionale des arbitres et accède à des fonctions dirigeantes au niveau de son club (l’Union sportive ouvrière du 12e arrondissement de Paris). À la FST, Valentine Signeux est très active dans le Comité de la région parisienne où elle est membre de la Commission agitation/propagande à partir du début des années 1930. Rose Guérard rejoint, quant à elle, directement la direction fédérale de la FST. Au printemps 1929, elle obtient ses premières responsabilités en étant nommée secrétaire de la Commission fédérale du sport féminin, une instance créée en 1924 et dirigée jusqu'alors par des hommes. Du fait de son engagement dans l’unification des mouvements sportifs ouvriers au cours des années 1930, Rose Guérard est nommée secrétaire de la Commission paritaire pour représenter la FST en vue du prochain Congrès de fusion avec l’USSGT. Ce qui lui permet de contribuer directement à la mise en œuvre de la FSGT… YD

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