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Retraites | Le sport va aussi y perdre !

Le gouvernement a annoncé la mise en place d’une énième réforme des retraites dont la mesure phare, le report de l’âge légal du départ à taux plein à 64 ans, suscite une vaste hostilité dans tout le pays. Injuste socialement, cette décision va également impacter le mouvement sportif français dans sa globalité et surtout le sport associatif…

Le 19 janvier dernier, la FSGT était présente à Paris pour manifester contre la réforme des retraites... © FSGT

La série des mesures présentée comme une « réforme » des retraites monopolise l’actualité française en ce début d’année 2023… Pour rappel, notre système actuel a été instauré lors de l’application du programme du Conseil national de la Résistance à la Libération. Le plafond, devenu symbolique, de 60 ans pour l’âge de départ à la retraite à taux plein remonte, pour sa part, à une ordonnance du 26 mars 1982 décidée par le gouvernement de Pierre Mauroy, sous la première présidence de François Mitterrand.


Qu’en est-il donc de la réforme défendue âprement par la première Ministre, madame Élisabeth Borne ? Sur le site officiel de l’État, ses principaux points sont résumés de la sorte : « Report de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans à partir de 2030, 43 ans de cotisation nécessaires à partir de 2027, prise en compte de la pénibilité, suppression des régimes spéciaux… »


Naturellement, le nouveau seuil de 64 ans (qui sera mis en place en 2030 après l’augmentation d’un trimestre par année à compter du 1er septembre 2023) cristallise toutes les critiques. Très rapidement, ce choix est apparu particulièrement arbitraire et injuste, surtout à l’encontre des milieux populaires.


Cité dans Libération le 13 janvier dernier, l’économiste Ulysse Lojkine indique que, parmi les personnes âgées de 43 à 58 ans, 5,1 % décèdent avant la retraite. « Mais ce risque n’est pas également réparti », estime-il. En effet, chez les hommes les plus modestes, le risque de décès se situe entre 13 et 9 % (6 % chez les femmes) contre 2 % pour les hommes des catégories supérieures (et 1 % chez les femmes). Ainsi les hommes modestes ont beaucoup plus de risques d’avoir une retraite dite « courte » (qui dure moins de dix ans) ou même « très courte » (moins de cinq ans).


Autre statistique importante : l'espérance de vie en bonne santé. Si l’on en croit des chiffres publiés en 2019 par l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), l’espérance de vie en France est de 85,6 ans pour les femmes et de 79,7 ans pour les hommes. Mais l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire sans pathologie perçue comme handicapante dans la durée, est beaucoup plus basse. Toujours selon l’Insee, elle s'élevait, en 2020, à 65,9 ans chez les femmes et 64,4 ans chez les hommes.


Un bénévolat déjà en crise…

Cette réforme des retraites, puisqu’elle touche l’ensemble de la population, va ainsi avoir un impact profond sur la société. Mais quid du mouvement sportif associatif qui est déjà en souffrance ? Car si un·e senior sur trois s'engage dans une association au moins une fois par semaine et si le sport constitue le deuxième domaine préféré des bénévoles après l'action sociale caritative, la crise du bénévolat ne cesse de s’aggraver…


L’association France bénévolat constate effectivement une diminution du taux d'engagement bénévole associatif depuis la crise sanitaire (il serait passé de 24 % en 2019 à 20 % en 2022). Évoquée dans L’Équipe en décembre dernier, une enquête du Centre de droit et d’économie du sport (réalisée à la demande de l’Association nationale des élus du sport) note, elle, que 53 % des acteur·rices sportif·ves et institutionnel·les placent le « manque de personnes qui souhaitent s'engager » comme leur principale préoccupation.


Le lundi 5 décembre, date de la journée mondiale du bénévolat, la ministre Amélie Oudéa-Castéra, accompagnée de trois autres membres du gouvernement (Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'économie sociale et solidaire, Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l'Enseignement et Sarah El Hairy, secrétaire générale en charge de la Jeunesse et du Service national universel) avait d’ailleurs organisé un atelier sur le sujet au Conseil économique social et environnemental.


Outre des opérations pour encourager les jeunes, et notamment les jeunes femmes, à s'engager dans le bénévolat sportif, d’autres pistes ont été envisagées lors de cet événement : la reconnaissance et la valorisation des compétences des bénévoles et la simplification de leurs démarches administratives.


… et encore moins de temps libre !

Toutes ces nobles intentions pour sortir le bénévolat de la crise vont vite se fracasser, de manière paradoxale, sur le mur de la politique générale du gouvernement. « Les personnes aujourd'hui disponibles pour s'investir pour les autres, au sens large, vont-elles désormais passer leur tour et attendre quelques années, parce qu'elles sont occupées à travailler ? » s’interrogeait le magazine en ligne de France Info dans un article publié le 8 janvier dernier.


Publié en septembre 2022, un rapport du Conseil d'orientation des retraites soulignait que si la « croissance de richesses que l'on peut espérer d'une telle mesure est susceptible d'augmenter le bien-être des Français ; elle a toutefois pour contrepartie une diminution du " temps libre " » tandis que Sébastien Darrigrand, directeur général de l'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire, assurait (aussi dans France Info) que la « seule montée en âge [avec la réforme des retraites] va avoir des effets collatéraux, comme la fragilisation d'un certain nombre d'associations ».


Consciente de cela, la FSGT, dans un communiqué de presse publié début octobre, expliquait donc que « le report de l’âge de départ à la retraite va nuire encore davantage à la vie associative et à l’engagement des plus de 60 ans, à leur capacité à vivre pleinement leur retraite et à transmettre aux générations futures ».


Autre facette problématique : le sport-santé ! Alors que la pratique régulière d’une activité physique et sportive des seniors est souvent mise en avant afin de lutter contre la sédentarité ou l’isolement, le recul de l’âge légal du départ à la retraite saperait considérablement cette exigence de santé publique dont la récente pandémie a pourtant démontré l’urgence…


« Cette mesure augmenterait les inégalités d’accès au sport », confirmait la FSGT dans son communiqué.

« À tous les âges de la vie, trois facteurs sont essentiels pour accéder à des pratiques physiques et sportives de qualité : être en bonne santé, disposer de temps libéré et d’un pouvoir d’achat adapté. Plus les personnes pourront prendre leur retraite tardivement, moins elles pourront profiter d’une vie associative sportive dans les meilleures conditions. »

Au nom de sa conception de l’émancipation par le sport, la Fédération se positionne donc clairement contre la réforme des retraites :

« Héritière de la lutte pour les congés payés en 1936, la FSGT milite pour un droit au temps libéré et à la retraite à taux plein à 60 ans. C’est une garantie du droit au sport associatif pour toutes et tous. Elle est solidaire de toutes les mobilisations syndicales et citoyennes. »

 

Le sport et les conquêtes sociales…

« Si les ouvriers français aimaient le sport comme leurs camarades anglais, leur ardeur de revendication dans la lutte pour la semaine anglaise [l’arrêt du travail le samedi après-midi] serait décuplée. » Comme le montre cette phrase issue d’un article paru dans L'Humanité le 7 juillet 1913, le mouvement sportif ouvrier français lie, dès ses premiers pas, la démocratisation des activités physiques aux avancées sociales, notamment en termes de temps libre. Juste après la Première guerre mondiale, le grand dirigeant de la CGT Léon Jouhaux décryptait les enjeux de la pratique sportive au regard des conditions de vie des travailleurs dans l’hebdomadaire Floréal (numéro d’août 1919) : « À l'ouvrier exténué par sa tâche quotidienne qui rentrait las de son labeur dans un logis déplaisant, il était difficile de demander de parfaire son instruction (...) Quant à lui demander de faire du sport, c'eût été une amère dérision n'est-il pas vrai ? Nous pensons que c’est maintenant possible et que cette œuvre doit être entreprise et réalisée. » La période du Front populaire incarnera parfaitement cette conjonction entre les combats ouvriers et la démocratisation des activités physiques. Les acquis sociaux fondamentaux (semaine de 40 heures dites des « deux dimanches », congés payés, etc.) obtenus après les grèves de juin 1936, conjugués avec la victoire dans les urnes du Front, permet un essor important de la pratique sportive et dont la FSGT naissante est l’une des acteur·rices essentiel·les. Lorsque la Fédération reprend son activité à la Libération, une nouvelle série de mesures, dont la généralisation du système de retraite par répartition, sert aussi au sport populaire et l’augmentation de 35 % du salaire minimum, prévue lors des accords de Grenelle en mai 1968, contribuera à faciliter l’accès à la pratique…


 


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