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Gaétan Alibert l « Dans l’histoire, le baseball a eu bien des rôles à jouer »

Si le baseball est un sport peu pratiqué en France, il s’agit d’un véritable phénomène culturel et social aux États-Unis. Intervenant régulièrement sur les sites The Strike out et Écrire le sport, le journaliste Gaétan Alibert a créé son propre podcast sur le sujet (Culture baseball) et est surtout l’auteur du remarquable ouvrage Une histoire populaire du baseball (Blacklephant éditions). Dans cet entretien, il aide les lecteurs et lectrices de Sport et plein air à mieux comprendre les enjeux de cette discipline et ce que nous apprend son histoire.

Pouvez-vous nous résumer les grandes étapes de l'histoire du baseball aux États-Unis ?

Gaétan Alibert : Résumer plus de 170 ans d’une discipline n’est pas simple, surtout une discipline aussi riche historiquement que le baseball. Il tire ses origines des sports de batte et de balle européens comme la thèque française et, surtout, le « rounders » anglais. La première codification des règles modernes intervient en 1845, à New York. Le baseball prend la place de sport national au cricket durant la guerre de Sécession et devient professionnel dès 1869. En 1876 est créée la National league, qui est encore aujourd’hui une des deux ligues composant la MLB (Major league baseball). Durant la deuxième partie du 19e siècle, la pratique devient un élément de la mythologie que se construit la jeune nation américaine. Au début du 20e siècle, le national pastime (« passe-temps national ») assoie sa position de loisir populaire numéro un avec l’apparition des « World series » [les finales après la fin de la saison régulière], mais surtout d’une des plus grandes icônes du sport US ; Babe Ruth. Les autres grandes étapes sont la fin de la ségrégation raciale en 1945, l’expansion de la MLB vers l’ouest dans les années 1950 et la concurrence avec la NFL (National football league), suite à l’avènement de l’ère des « Super bowls » [la finale du foot américain], fin des sixties, qui va reléguer, petit à petit, le baseball au second rang des passions populaires sportives.


Est-ce un sport uniquement pratiqué par les Américain·es ?

Gaétan Alibert : Contrairement à ce que l’on pense, le baseball est une discipline internationale, extrêmement présente sur tout le continent américain, du Canada à l’Argentine, et une partie de l’Asie, comme au Japon ou en Corée. On compte également des championnats pros ou semi-pros en Australie, en Italie, aux Pays-Bas et en République tchèque par exemple. Il est aussi joué en Afrique du Sud, en Tunisie et dans d’autres pays africains. La « World baseball classic » [une compétition internationale] montre que le baseball n’a rien à envier au handball ou au rugby niveau mondialisation et la MLB et la Nippon professional baseball (NPB), la ligue japonaise, font partie du top 10 des ligues sportives les plus puissantes financièrement. En revanche, même s’il s’est exporté entre le milieu et la fin du 19e siècle, ce sport n’a pas réussi à s’implanter comme le football, ce dernier se nourrissant de l’influence britannique et européenne sur le monde. Et, contrairement à la NBA, la Major league commence à peine à travailler sérieusement à l’international. Elle s’est longtemps satisfaite du marché nord-américain, là où le basket-ball a dû s’exporter face à la concurrence de la NFL/MLB durant les années 1980 et 1990. Avec le succès qu’on connaît aujourd’hui…


Dans votre livre vous mettez en avant des figures engagées. Comment la discipline a-t-elle vécu les évolutions sociales, culturelles et politiques aux USA ?

Gaétan Alibert : Vous aurez remarqué qu’à la première question, j’ai surtout parlé de la MLB et du baseball professionnel. C’est parce que la Major league est le centre de ce sport depuis la création de la National league en 1876. Mais, autour de ce centre, gravitent des tas de galaxies, souvent liées entre elles, qui sont autant d’histoires du baseball. Cette pratique a toujours été un révélateur des enjeux et des tensions qui ont traversé la société américaine. Il a eu bien des rôles à jouer, tantôt oppresseur, tantôt émancipateur. Au 19e, il fut par exemple un symbole d’union nationale après la guerre de Sécession, une vitrine du business pendant la révolution industrielle et une marque du génie américain. Mais c’est aussi à cette époque qu’il va instituer la ségrégation en son sein, préfigurant sa légalisation par la Cour suprême américaine en 1896. Il faudra attendre la signature de Jackie Robinson en 1945, par les Brooklyn Dodgers, et son arrivée en MLB en 1947 pour voir la fin de la color line (la séparation entre noirs et blancs) dans le baseball !


Pouvez-vous nous décrire un ou deux exemples qui vous ont particulièrement marqué ?

Gaétan Alibert : Celui qui me vient en tête est celui de l’AAGPBL (All-american girls professional baseball league), popularisée par le film Une équipe hors du commun de Penny Marshall sorti en 1992 avec Geena Davis, Tom Hanks et Madonna. J’y consacre un chapitre dans Une histoire populaire du baseball. L’AAGPBL concentre l’histoire du baseball au féminin entre des femmes qui ont pu s’émanciper en prenant la place des hommes partis à l’armée pendant la guerre, mais qui furent finalement forcées de retourner à des rôles sociaux assignés par le patriarcat quand elles prirent trop de pouvoir et de liberté selon ce dernier. Son histoire tomba dans l’oubli pendant plus de 30 ans avant de devenir une source d’inspiration avec le film.


Aujourd’hui, quelle est la place du baseball dans la société américaine ?

Gaétan Alibert : C’est une question difficile car elle fait débat. Si le football américain est devenu le sport-spectacle roi, la discipline se dispute la place de second avec le basket-ball. Il est toujours le national pastime mais sa fanbase (les supporters et passionnés) est vieillissante et les audiences télés n’ont plus rien à voir avec son passé glorieux, faisant craindre un déclin. Néanmoins, la MLB enchaîne les records de bénéfices depuis presque 20 ans et l’attachement populaire aux équipes de Major league semble plus fort qu’en NBA. Le principal souci du baseball est de séduire les jeunes alors que sa temporalité est en contradiction avec une société moderne où il faut consommer de plus en plus vite. La pratique, en particulier son centre vital qu’est la MLB, est à la croisée des chemins avec la concurrence du basket et la montée en puissance du football. La Major league travaille à donner plus de rythme au jeu, à raccourcir la durée des rencontres et à s’exporter sur de nouveaux marchés internationaux, notamment l’Europe et la France avec l’annonce des « MLB Paris Series » en 2025.


De quand date l'introduction du baseball en France et où en est-il aujourd'hui ?

Gaétan Alibert : On sait que les artistes-peintres américains jouaient à ce sport en Bretagne dans les années 1880, mais le premier match officiel date du 8 mars 1889 à Paris. Il s’agissait d’un match du « Spalding world tour », une tournée d’équipes professionnelles des États-Unis. Il faudra attendre 1924 pour voir la création de la Fédération française de baseball et softball (FFBS). L’histoire française de cette pratique est tumultueuse. Mais, depuis douze ans, les disciplines engrangent de plus en plus de licenciés (12 816 en 2022) et les effectifs de la Fédération française, qui va donc fêter ses 100 ans l’an prochain, ont quasiment doublé. La période est bonne, mais la FFBS manque d’argent et d’infrastructures pour passer un cap.

 

Baseball : des règles pas si compliquées

- Le baseball est un sport se jouant à deux équipes de neuf joueur·ses et dont le but est de marquer plus de points que l’adversaire. La zone de jeu est composée d’un « champ intérieur » et d’un « champ extérieur ». Sur le terrain, on retrouve trois « bases » ainsi que le « marbre » qui est le point d’arrivée et de départ des joueur·ses en attaque. La zone située entre les bases s’appelle le « diamant ».

- Le/a « lanceur·se » de l’équipe devant défendre se met au centre du diamant. Quatre défenseur·ses s’installent dans le champ intérieur, un·e à chaque base ainsi qu’un·e entre la deuxième et la troisième base, et trois joueur·ses se placent dans le champ extérieur. Pour l’équipe qui attaque, le/a premier·ère « batteur·se » s’installe sur le marbre.

- Une partie de baseball se déroule en neuf manches et chaque équipe est tour à tour en attaque et en défense. Une manche s’est écoulée lorsque les deux équipes sont passées en attaque et en défense.

- Le/a lanceur·se envoie une balle que le/a batteur·se tente de frapper. Un point est marqué lorsque le/a batteur·se, devenu·e « coureur·se » après avoir réussi à frapper la balle, a fait un tour complet des bases. Si la balle est frappée au-delà du champ extérieur, on parle alors d’un « home run ». Le/a batteur·se et tou·tes les éventuel·les autres coureur·ses déjà sur des bases marquent un point.

- Le rôle des défenseur·ses est d’empêcher l’équipe adverse de marquer des points en éliminant trois attaquant·es. Un·e attaquant·e est éliminé·e quand il/elle rate les trois balles envoyées par le/a lanceur·se, quand le/a défenseur·se attrape la balle frappée par le/a batteur·se de volée, quand un·e défenseur·se touche un·e coureur·se avec la balle ou le gant avec la balle dedans entre deux bases et quand la balle arrive avant un·e coureur·e sur la base où il doit se rendre. Une fois que trois attaquant·es sont éliminé·es, l’équipe en défense passe en attaque. La Rédaction


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