top of page

« Il faut empêcher le décrochage sportif chez les jeunes »

Plus les jeunes grandissent, moins elles/ils font de sport. Mais pourquoi les adolescent·es et les jeunes adultes arrêtent la pratique ? Et que peut-on faire pour inverser la tendance ? Chargée de développement au sein de l’espace fédéral thématique éducation à la santé pour tou·tes à la FSGT, Claire Lalloué répond à nos questions. 


Est-ce que les adolescent·es et les jeunes adultes font assez de sport en France ?  

 

Claire Lalloué : Oui et non. Environ quatre jeunes sur cinq pratiquent au moins une fois par semaine, en dehors des cours d’EPS dispensés au collège ou au lycée. Problème : ce n’est pas du tout suffisant. En effet, l’OMS préconise aux 5-18 ans de faire du sport, d’intensité modérée à soutenue, chaque jour et différents exercices, par exemple du renforcement musculaire, trois fois par semaine. En outre, plus les jeunes grandissent, moins elles/ils pratiquent. Si 82 % des adolescent·es de 14 ans font du sport au moins une fois par semaine, elles/ils ne sont plus que 69 % à 18 ans, selon une récente enquête menée par l’INJEP (Institut de la jeunesse et de l’éducation populaire) ! Enfin, précisons que la diminution observée chez les 14-18 ans se poursuit malheureusement du côté des jeunes adultes. 

 

Mais pourquoi décrochent-elles/ils ?  

 

CL : Les causes sont nombreuses et variées. Déjà ; il y a le caractère motivationnel qui est très important. Si les jeunes ne trouvent pas leurs pratiques ludiques, elles/ils ne trouveront pas d'intérêt à s’y mettre ou à les poursuivre. Il y a aussi les habitudes familiales et bien sûr l'environnement dans lequel on vit. Est-ce les jeunes habitent à côté d’infrastructures sportives utilisées par des clubs ? Est-ce que leurs familles ont suffisamment de moyens financiers pour les inscrire dans des associations ? Évidemment, plus les parents auront du temps libre pour accompagner leurs enfants faire du sport, plus ces derniers en réaliseront. Mais cela est très difficile pour les familles les plus précaires. La perception du corps et son évolution rentrent également beaucoup en compte chez les adolescent·es, tout comme la manière dont elles/ils vivent les cours d’EPS… Enfin, est-ce que les jeunes adultes arrivent à retrouver une offre de pratique qui leur correspond durant leurs études supérieures ou au début de leur vie active ? Et est-ce qu’elles/ils ont envie de s'inscrire dans un modèle compétitif très souvent mise en avant par les fédérations délégataires ? Car des recherches révèlent que de plus en plus de jeunes pratiquent en loisir, majoritairement pour créer du lien social ou pour être en bonne santé.

 

Est-ce que les adolescentes décrochent plus que les adolescents ?

 

CL : L’enquête de l’INJEP que j’ai citée précédemment révèle qu’il y deux fois plus de jeunes femmes que de jeunes hommes (34 % contre 18) qui arrêtent de faire des activités physiques entre 14 et 18 ans. Toutefois, si ce chiffre est conséquent, des travaux menés par les chercheuses Marie-Carmen Garcia et Cécile Ottogalli-Mazzacavallo montrent que le décrochage des jeunes sportives survient beaucoup plus tôt, dès l’âge de cinq ans… Cela ne résulte pas de choix individuels, mais bien d’une socialisation de genre qui désengage les filles de la pratique. En outre, la mixité n’est actuellement pas assez travaillée pour produire une réelle égalité, tout comme la formation des enseignant·es d’EPS ou des animateur·rices de clubs. Ce qui limite évidemment le développement de la pratique des filles et des femmes. Attention ; il faut reconnaître qu’il y a des évolutions positives à ce sujet. Mais il y a encore trop peu de moyens dédiés et trop peu de personnes formées pour réduire ces inégalités. Et comme les sportives sont moins nombreuses, le décrochage que l’on observe chez les jeunes de 14-18 ans est encore plus impactant pour elles. Par exemple au foot ; lors du passage des équipes mixtes aux groupes en non-mixité à l'adolescence, les joueuses, de facto moins nombreuses, risquent de ne plus être assez pour maintenir une équipe, et seront donc obligées de chercher un autre club. Mais pourront-elle s’y rendre si celui-ci est trop éloigné de leur quartier ou de leur ville ? Enfin, n’oublions pas ce qui peut aussi pousser les jeunes femmes à stopper leur pratique : la sexualisation des sportives, le jugement constant de leurs corps et des méthodes pédagogiques inadaptées.

 

Pourquoi est-il si important que les jeunes n’arrêtent pas le sport ? 

 

CL : Parce que l’activité physique entraîne de nombreux bienfaits pour leurs os ou leurs muscles. Elle a également un impact positif au niveau cognitif et limite l’accumulation de la masse adipeuse dans le corps, réduisant ainsi les risques de maladies cardiovasculaires ou de diabète sur le long terme. Permettant de créer des liens sociaux, faire du sport améliore aussi le sommeil et la santé mentale. Ce dernier point est essentiel, car le suicide est la première cause de mortalité chez les 15-35 ans… Enfin, il peut être difficile de se remettre au sport après plusieurs années de pause. On est souvent déçu de la chute de ses performances, par rapport à ce que l’on était capable de faire avant, et c’est pourquoi il ne faut pas arrêter l’activité physique quand on est jeune.

 

Que pourrait-on faire pour empêcher le décrochage des adolescent·es et des jeunes adultes ? 

 

CL : Plein de choses ! Pour commencer, il faut faire en sorte que les enfants apprécient le sport dès le plus jeune âge. C’est pourquoi s’orienter vers de la multi-activité est très important, encore plus quand elle est réalisée aux côtés des parents et en mixité réfléchie. À terme, cela permettra aux enfants de trouver une ou des pratiques, compétitives ou loisirs, dans lesquelles elles/ils s’épanouissent vraiment. Il est également nécessaire que les parents ne freinent pas les jeunes dans leurs choix, peu importe que les sports choisis comprennent des risques de chute, cela sera toujours moins dangereux que de rester devant un écran, ou qu’ils ne correspondent pas aux stéréotypes de genre de notre société. Si une ou un adolescent·e commence à se mettre à l’écart lors des cours d’EPS ou à vouloir arrêter sa pratique en club, il faut lui parler. Les jeunes sont en plein développement pendant cette période, et les enseignant·es et les animateur·rices ont un rôle d’accompagnement sur ces sujets. Après, de véritables politiques en matière du développement du sport pour toutes et tous pourraient également réduire le décrochage. Construire des infrastructures sportives de qualité permettant d’accueillir les jeunes ou aider les familles au niveau financier pour inscrire leurs enfants dans les clubs sont deux points essentiels. Enfin, les fédérations jouent également un rôle clé. Faire en sorte que le coût de la licence soit accessible au plus grand nombre et qu’elle permette d’accéder à de nombreuses activités physiques, comme ce que propose la FSGT, est très utile pour empêcher les jeunes d’arrêter le sport et de mettre leur santé en danger.



Nord : plusieurs dizaines de jeunes à une course sport/santé 

 

La première édition de Run cœur santé a eu lieu à Valenciennes le 31 mai 2026. Conjointement organisée par la municipalité nordiste, le Centre médical du musée, la FSGT 59 et la société française d’hypertension artérielle, cette course/marche de 5 km a permis de déceler des problèmes cardiaques chez certain·es participant·es. En effet, « les sportifs intéressés ne pouvaient y prendre part que s’ils avaient préalablement passé un dépistage cardiologique gratuit au Centre médical du musée », précise Jean-Marie Piwon, le coprésident du comité du Nord. Si les inscrit·es (250 au total) avaient majoritairement plus de trente ans, près d’une cinquantaine d’adolescent·es et de jeunes adultes étaient également présent·es. Une très bonne idée, car les maladies cardiaques peuvent toucher tout le monde… Rendez-vous en 2027 pour la seconde édition de Run cœur santé et avec, on l’espère, encore plus de participant·es et encore plus de jeunes !

Commentaires


Les commentaires sur ce post ne sont plus acceptés. Contactez le propriétaire pour plus d'informations.
bottom of page