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« Les jeunesses sont le présent du sport populaire »

Pilote de l’EFT jeunesses FSGT, Clémence Beaufère nous explique la vision de la fédération concernant les jeunes et tout ce qu’elle met en place pour développer leur pratique sportive et leur engagement associatif.

 

© Paul Burckel
© Paul Burckel

Pourquoi la FSGT a créé un EFT dédié aux jeunesses ?

 

Clémence Beaufrère : Le constat était là : les jeunes représentent une part encore trop faible des licencié·es et le renouvellement des clubs et structures fédérale reste un défi. En fin d’année 2024, la FSGT a choisi d'agir en créant un groupe de travail dédié, qui a pris la forme d'un espace fédéral thématique (EFT) jeunesses. L'idée était de rassembler un réseau de militant·es et d'acteur·rices issu·es des différentes structures de la fédération pour contribuer au développement des conditions les plus favorables à la pratique des jeunes et à leur engagement associatif. Ce collectif ne se contente pas de réfléchir : il agit, accompagne et innove pour que les jeunes trouvent leur place, aussi bien sur le terrain que dans la gouvernance associative. La création de cet EFT s'inscrit également dans les orientations stratégiques de la FSGT, portées par son double agrément « jeunesse et sports » et « éducation populaire ». Ces deux agréments traduisent notre conviction profonde que le sport est un levier d'émancipation et de citoyenneté dès le plus jeune âge. 

 

Comment la FSGT définit les jeunesses ? Est-ce uniquement une question d'âge ?

 

CB : Non. Pour nous, la jeunesse est davantage liée à des pratiques sociales et culturelles qu'à un simple critère d'âge. Elle varie selon les territoires, les appartenances de genre, de classe sociale et les situations socio-économiques. C'est pourquoi nous préférons parler des « jeunesses », au pluriel, pour reconnaître cette diversité. Plutôt que de se référer à une tranche d'âge fixe, nous nous appuyons sur l'idée d'un processus de transition entre l'enfance et l'âge adulte, conduisant à une autonomisation socio-économique, citoyenne et politique. Cette conception permet d'adapter nos actions à la réalité des jeunes qui pratiquent, animent, encadrent et dirigent, sans les enfermer dans une catégorie uniforme. 

 

Quels sont les grands axes de travail de l'EFT ?

 

CB : Deux axes principaux structurent nos actions et réflexions. Le premier est le développement de la pratique sportive. Tout commence par l'accès au sport : la FSGT propose une centaine de disciplines, avec des formats loisirs comme compétitifs, incluant des championnats et des rassemblements fédéraux. L'enjeu est d'attirer les jeunes, mais aussi de les faire progresser et rester dans la pratique sportive FSGT. Pour cela, un circuit de formation progressif et non linéaire est pensé. Le second axe concerne l'engagement des jeunes dans nos structures. Il ne s'agit pas simplement de leur proposer des activités, mais de créer les conditions de leur participation active à la gouvernance et aux projets associatifs et sociétaux portés par la FSGT. L'objectif est qu'elles/ils deviennent animateur·rices, arbitres, organisateur·rices d'événements, ou encore membres et dirigeant·es des clubs, comités, ligues et collectifs de la fédération. Ces deux axes sont indissociables : la pratique sportive est notre porte d'entrée et l'engagement associatif en est le prolongement.

 

Comment la FSGT s'inscrit dans le paysage jeunesse et éducation populaire ?

 

CB : La FSGT n'agit pas seule. Elle est membre du Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d'éducation populaire, et du Conseil d'orientation des politiques de jeunesse. Elle a également été lauréate du dispositif d'accompagnement « Places aux jeunes » pour 2026-2027, ce qui témoigne de ses engagements autour de ces enjeux.  En 2025, la FSGT a aussi été partie prenante d'un projet européen Erasmus+, « Youth drop in sport », qui vise à lutter contre l'arrêt de la pratique sportive chez les 13-19 ans. Ce projet inclut une enquête, une récolte de bonnes pratiques et l'organisation d'événements dédiés à cette tranche d'âge. C'est une belle illustration de notre capacité à agir à l'échelle européenne, tout en restant ancré dans les réalités locales, l'objectif étant de réutiliser les résultats pour les diffuser et les implémenter à la FSGT. Ces espaces politiques et collectifs, nationaux et internationaux, nous permettent d'échanger des pratiques, de mutualiser des ressources et de peser collectivement sur les politiques publiques de jeunesse.

 

Qui compose l’EFT et comment fonctionne-t-il ?

 

CB : Il s’agit d’un collectif intergénérationnel, réunissant des bénévoles et des salarié·es des comités départementaux et régionaux, ainsi que du siège fédéral. Ce qui fait la force de ce collectif, c'est sa diversité : des profils variés, des territoires différents et des disciplines multiples. Ensemble, ces acteur·rices réfléchissent et agissent autour des questions de pratique et d'engagement des jeunes. L'EFT s'engage également pour intégrer des jeunes en son sein et dans les projets locaux et fédéraux. Il le fait en questionnant ses pratiques (modalités de réunion, canaux de communication, etc.), mais aussi grâce à sa sélection dans le dispositif d'accompagnement « Place aux jeunes ».  

 

Quels ont été les projets de la saison 2025-26, et quelles sont perspectives pour la suite ? 

 

CB : La saison 2025-2026 a été riche en projets et en développements pour l'EFT jeunesses. Elle a débuté par deux animations en septembre dans le cadre du projet Erasmus+, à la Fête de l'Humanité (Seine-Saint-Denis) et au Décapop’ (Val-de-Marne). En parallèle, plusieurs chantiers ont avancé : le lancement du dispositif d'accompagnement, la finalisation du Kif'kit (un kit de défis coopératifs et ludiques conçu par et pour les jeunes) et la préparation du guide « Place aux Jeunes : pratique sportive et engagement bénévole associatif ». Conçu comme une ressource à destination de l'ensemble des structures FSGT, ce guide croisera données statistiques et témoignages qualitatifs pour dresser un état des lieux de l'engagement des jeunes et proposer des outils concrets issus d'expériences déjà menées. Parmi les temps forts de la saison, le stage d'initiation à l'escalade organisé à Paris pour les 12-17 ans a atteint ses objectifs : une vingtaine de licencié·es issu·es de différentes activités ont pu découvrir une nouvelle discipline, illustrant concrètement l'intérêt d'une licence omnisport. Pour la saison à venir, l'ambition est de consolider l'ensemble de ces dynamiques et de poursuivre le travail engagé auprès des jeunes pour favoriser leur pratique sportive et leur engagement associatif. Car l’EFT en est convaincu : les jeunesses ne sont pas seulement l'avenir du sport populaire, elles en sont déjà le présent.


Propos recueillis par Thomas Valle

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