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Sport ouvrier : une histoire belge

Lorsque le sport ouvrier naît en France en 1907, l’un de ses principaux modèles se trouve en Belgique. Petit récit d’une histoire parallèle.


Lorsque le sport ouvrier naît en France en 1907, l’un de ses principaux modèles se trouve en Belgique.
1937 : match France-Belgique à l'occasion du tournoi de basket de la PS Clichoise, en soutien aux enfants basques. Illustrations : © FSGT

À l’instar de la création des premiers clubs sportifs ouvriers en France à partir de 1907, le développement du sport ouvrier en Belgique est lié à l’essor du mouvement ouvrier, organisé autour des syndicats, des coopératives et du Parti Ouvrier Belge (POB), créé en 1885. Des structures destinées à favoriser les activités physiques au sein des classes laborieuses apparaissent alors progressivement, aussi bien en Wallonie qu’en Flandre. Les premières sont les sociétés de gymnastique (par exemple, « Le Progrès » à Seraing, « Vooruit » à Gand ou encore « Les Gaulois » à Verviers). Cette discipline est privilégiée au nom de ses vertus pédagogiques et hygiénistes. Comme dans l'hexagone, ce mouvement sportif ouvrier naissant doit faire face à l’essor du sport dit officiel ou olympique, qualifié souvent de « bourgeois », ainsi qu’à l’existence d’organisations de jeunesse affiliées au Mouvement ouvrier chrétien construit pour contrer l’influence jugée « néfaste » des marxistes. 


En 1904, la Fédération socialiste de gymnastique est fondée. Il s’agit de la première structure nationale du sport ouvrier belge. Le journaliste Jean-Louis Debatty, de l’Institut d’histoire ouvrière, économique et sociale, raconte ainsi qu’« au local dit “Temple de la Science”, à Charleroi, les délégués de huit cercles de gymnastique du pays créent la Fédération socialiste de gymnastique (FSG). Celle-ci va organiser une fête fédérale annuelle dans une ville différente, jusqu’en 1914. » 


Des contacts sont très tôt établis avec les homologues français, en particulier avec les communes les plus proches. Les gymnastes ouvriers belges franchissent régulièrement la frontière pour participer à des manifestations communes, à Lens (Pas-de-Calais) en 1905, à Fourmies (Nord) en 1906 ou encore à Lille. Leurs démonstrations impressionnent fortement les socialistes français, qui commencent eux aussi à développer la gymnastique dans leur propre réseau. La fédération belge noue également des relations avec l’Allemagne, où existe déjà un puissant mouvement sportif ouvrier adossé à une très influente social-démocratie. Une fête fédérale organisée à Gand permet ainsi de donner une forme plus officielle aux liens déjà établis avec la section rhénane de l’Arbeiter-Turnerbund, mais aussi avec les associations gymniques ouvrières créées dans les régions françaises limitrophes. Ces démarches possèdent alors une résonance singulière en termes de pacifisme, alors que se profile la guerre sur le vieux continent.  


Ces échanges favorisent de la sorte l’idée de créer, sur le modèle de l’Internationale socialiste et avec son concours, une première internationale sportive ouvrière. Jean-Baptiste Laine, dirigeant de la Fédération sportive athlétique socialiste française, lointaine ancêtre de la FSGT, propose, en réponse aux sollicitations belges, d’y associer les organisations britannique et autrichienne, qui y donnent suite favorablement. Le sport ouvrier belge joue ainsi, malgré la taille modeste du pays, un rôle essentiel dans la dynamique de l’internationalisme sportif ouvrier. Le 10 mai 1913, à Gand, des représentants belges, français et britanniques fondent l’Association socialiste internationale d’éducation physique (ASIEP), première Internationale du sport ouvrier. La Belgique est donc, sans contestation possible, le berceau du mouvement sportif ouvrier international. 


Après la Première Guerre mondiale et la fin de l’occupation allemande, la fédération belge décide de s’ouvrir davantage aux disciplines sportives déjà populaires, par exemple au football (l’équipe nationale officielle remporte la médaille d’or aux Jeux olympiques d’Anvers en 1920). Le football ouvrier connaît un développement particulièrement important en Wallonie, notamment dans le Borinage, à Charleroi et à Liège. Progressivement, s’ajoutent également des sections de balle pelote, d’athlétisme, puis de lutte, de natation, de basket-ball - introduit en Belgique par les sportifs ouvriers - et enfin de handball. Signe de cette évolution, l’organisation est rebaptisée, en février 1927, Centrale gymnique et sportive ouvrière de Belgique (CGSOB), chargée de coordonner les différentes branches sportives travaillistes par spécialité.  


Une passion internationaliste

Le sport ouvrier belge conserve sa sensibilité internationaliste, inscrite dans la tradition socialiste, alors même que la Révolution bolchevique divise profondément le mouvement sportif ouvrier à l’échelle européenne et mondiale. Les sportifs et sportives belges participent ainsi aux Olympiades ouvrières mises en place par l’Internationale sportive ouvrière socialiste (ISOS), à Prague (1921), à Francfort (1925) et à Vienne (1931). La Belgique accueille même l’édition de 1937 à Anvers, devenue une solution de repli après l’annulation de l’Olimpiada Popular de Barcelone, consécutive au coup d’État du général Franco. 


Les Belges sont de nouveau au premier plan lors de la reconstitution, à Bruxelles en 1946, d’une organisation sportive internationale, après la dissolution par Staline de l’Internationale rouge sportive - l’URSS ayant rejoint le CIO - et la disparition de l’ISOS pendant le conflit. Cette nouvelle structure prend la forme du Comité sportif international du travail (CSIT), ancêtre de l’actuelle organisation du même nom. 


Il convient ici de s’attarder sur la figure d’un militant majeur, Gaston Bridoux, afin d'éclairer cette histoire. Pour cela, fions-nous à la très riche notice que lui consacre le Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, librement accessible sur maitron.org. Son parcours illustre parfaitement la singularité de l’engagement belge dans le sport ouvrier, à la fois local et international.  


« L’engagement politique de Gaston Bridoux remonte au début du XXe siècle. Il est inscrit à l’Union socialiste d’Ath le 19 février 1906, mais son militantisme politique ne lui apporte aucun mandat public. (…) Gaston Bridoux est avant tout un gymnaste et un sportif. À l’âge de vingt ans, il devient moniteur fédéral de gymnastique et président de la société athoise. (…) Bridoux est le premier président de l’Internationale sportive ouvrière qui, à la veille de la guerre, rassemble les sportifs de douze pays et 500 000 membres. Organisateur du mouvement sportif socialiste dans le Hainaut occidental, Gaston Bridoux assure aussi le mandat de président provincial de la Fédération socialiste d’éducation physique. Dès 1919, il est président de la Fédération nationale d’éducation physique et morale. En 1922, celle-ci comprend 200 sections et réunit 11 000 membres. 


En août 1919, un congrès tenu à Seraing réunit huit pays. Le congrès de Lucerne (Suisse), les 12 et 13 septembre 1920, relance le sport ouvrier sur le plan international avec la création de l’Union internationale d’éducation physique et sportive du travail, présidée par Gaston Bridoux. (…). À cette date [1927], l’association internationale regroupe 1 584 000 membres dans 24 pays. Bridoux quitte ensuite la présidence au profit de l’Allemand Benedix, représentant de la puissante fédération allemande. Il en devient président d’honneur. » 


Le sport ouvrier belge poursuit son histoire après la Seconde Guerre mondiale, mais de manière plus modeste. La CGSOB connaît plusieurs transformations institutionnelles, liées notamment à la communautarisation puis à la fédéralisation de la Belgique. Elle devient d’abord la Centrale des fédérations du sport travailliste de Belgique (CFSTB), puis, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, la Centrale des fédérations francophones du sport travailliste de Belgique (CFFSTB), pendant francophone de l’ancienne structure nationale. Aujourd’hui, elle porte le nom d’Association francophone du sport travailliste de Belgique (AFSTB), qui « a comme objectif de promouvoir la pratique sportive en vue d’améliorer la santé et les aptitudes physiques de l’individu dans le cadre des loisirs ».


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