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Soirée sexisme & sport populaire

il y a 4 jours
6 min de lecture

Le mercredi 16 septembre 2026, la FSGT organisait une soirée à la Cité audacieuse à Paris, centrée sur la problématique du « sport populaire face au sexisme : enjeux et solutions ». Une réussite qui montre l’importance stratégique pour la FSGT de s’emparer de ces thématiques.

Soirée sexisme et sport populaire
Illustrations : © Juliette Guignouard 

« À la FSGT, on milite pour un sport pour toutes et tous. » C’est en réaffirmant ces valeurs que Lily Rogier, chargée de l’EFT (espace fédéral thématique) sur l’égalité femmes-hommes, a ouvert la soirée consacrée au sport populaire face au sexisme. Le rendez-vous a été donné le 16 septembre à la Cité Audacieuse, un tiers-lieu féministe ouvert par la Fondation des Femmes dans le 6e arrondissement de Paris. « L’objectif est d’insuffler de la motivation pour agir sur les territoires », a-t-elle ajouté avant de donner la parole à ses premières invitées : Béatrice Barbusse, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Paris-Est-Créteil et autrice du livre Du sexisme dans le sport et Anne Schmitt, maîtresse de conférences à la Faculté des Sciences du Sport de l’Université Paris-Saclay et sociologue du sport, du genre et du corps.  


Le sexisme aux origines du sport  

Il fallait d’abord reposer les bases. « Le sexisme, c’est considérer que le sexe masculin est supérieur au sexe féminin », a d’abord rappelé Béatrice Barbusse. Une idée qui infuse dans le milieu du sport depuis ses origines. « La bi-catégorisation du sport (les hommes d’un côté, les femmes de l’autre) vient du fait que le sport a été pensé par et pour les hommes, bourgeois de surcroît », a ajouté Anne Schmitt. « L’histoire a séparé le sport des hommes de celui des femmes sur la base de cette idée sexiste que les femmes n’étaient pas capables de faire ce que font les hommes. » Avec le temps, cette doctrine a pris racine et ses ramifications sont encore aujourd’hui nombreuses. « Le sexisme s’exprime partout et tout le temps dans le sport », martèle Béatrice Barbusse avant d’énumérer. « Équipements sportifs inadaptés, absence de femmes aux postes de direction, médiatisation presque inexistante, manque de moyens financiers et humains accordés à la pratique du sport par les femmes… la domination masculine est très importante et incontestable quantitativement. » Le premier temps fort de cette soirée se termine par un éclairage important de la sociologue : « le sport n’a aucune valeur par essence. Il n’est ni bon, ni mauvais en soi. Cela dépend de ce que l'on en fait. » Qu’en est-il du sport populaire alors ?  


Ambition et axes de lutte de la FSGT 

La FSGT est lucide concernant les progrès qu’il reste à accomplir. « La fédération est loin d’être parfaite sur le sujet du sexisme », reconnaît Lily Rogier. « À titre d'exemple, nous ne comptons que 34 % de pratiquantes. Il faut que la FSGT s’engage politiquement et un événement comme ce soir va dans ce sens. Nous n’avons plus le temps d’attendre. » Assise à côté d’elle, Céline Machado, coprésidente de la FSGT, incarne aussi cet engagement. « La fédération exprime sa volonté de lutter contre le sexisme depuis 2005 et le fait que la co-présidence soit mixte l’illustre », affirme-t-elle. Pour parvenir à faire de la fédération un espace où le sport est « une pratique sûre, libre et émancipatrice », la FSGT s’attaque au sexisme via trois axes : proposer une pratique débarrassée des mécanismes sexistes, former les bénévole et les salariés à la politique de lutte contre le sexisme, et visibiliser ce combat par la communication. 


À la FSGT 75, sensibiliser la jeunesse grâce à l’éducation populaire 

Au sein des différents comités départementaux de la FSGT ainsi que dans certains clubs, la lutte contre le sexisme s’exprime par des initiatives diverses qui ne demandent qu’à être copiées. À la FSGT 75 par exemple, Line Rosier souhaite « sensibiliser les jeunes et leur faire prendre conscience de leurs actions. Ils ne se rendent pas compte à quel point la société dans laquelle ils baignent est sexiste et comment cela se répercute sur leur manière de se comporter et de perpétuer ce sexisme ». Pour ce faire, la chargée de la jeunesse et de l’éducation populaire organise des tournois et des championnats en mixité qui incluent des ateliers de sensibilisation. Les noms des sports, comme le foot ou le basket, sont aussi rebaptisés en « jeux de ballon » pour éviter de dissuader les filles dès le départ. « L’éducation populaire permet d’éduquer sous toutes les formes possibles pour que tout le monde puisse comprendre », explique-t-elle. « On peut sensibiliser de manière ludique, prendre le temps. Les enfants de 8 ou 10 ans sont tout à fait capables de comprendre ce qu’est le sexisme. »  


La grimpe anti-sexiste à Marseille  

Au club d’escalade Cime Sardine, à Marseille, Lucie Astier a dû faire preuve d’ingéniosité pour changer les pratiques des adultes et en particulier garantir aux femmes d’accéder à la même pratique que les hommes. Référente violences sexistes et sexuelles au sein du club, elle propose des sessions en mixité choisie à destination des femmes pour apprendre à ouvrir des voies. « On a constaté que seules 5 des 57 voies avaient été ouvertes par des femmes », explique-t-elle. « On a fait venir une ouvreuse professionnelle pour qu’elle transmette son savoir aux femmes et aux minorités de genre. Désormais, on compte une vingtaine de voies ouvertes par des femmes. » Si le dispositif a fait ses preuves, il a toutefois fallu convaincre. « Au début, les femmes manquaient de confiance en elles mais leurs pensées limitantes se sont rapidement éteintes. En revanche, les hommes étaient vraiment inquiets que l’on n’y arrive pas, que l’on oublie de correctement serrer les vis ou que l’on ne sache pas utiliser les outils », se souvient-elle. « Force est de constater que l’on a fait du bon boulot et maintenant tout le monde est content. »  « Si vous pensez que tout se passe bien dans votre structure, n’attendez pas que les personnes concernées s'expriment car tout le monde n’a pas le bagage pour le faire », conclut Lily Rogier. « Mettez en place des actions et une vraie politique sans attendre. » 


L’importance d’une communication inclusive 

Céline Machado l’a souligné, la communication est l’un des principaux axes de lutte de la FSGT contre le sexisme. Pour approfondir cet aspect, Zineb Ajaraâm, coordinatrice du service communication, a tendu le micro à Sarah Fernandez. Femme transgenre et footballeuse au sein du FC Paris Arc-en-ciel, Sarah témoigne de l’importance des représentations et de l’inclusion des espaces sportifs. « L’explosion d’Internet m’a permis de découvrir des figures auxquelles je pouvais m’identifier », se souvient-elle. « Être représentée permet de se projeter, d’ouvrir le champ des possibles. Si j’avais bénéficié de ces représentations quand j’étais jeune, j’aurais fait ma transition plus tôt et j’aurais souffert moins longtemps. » C’est au FC Paris Arc-en-ciel que Sarah a trouvé un lieu bienveillant qui accepte qu’elle joue au foot en section féminine. « Cela m’a permis de m’épanouir et de me sociabiliser », explique-t-elle avec reconnaissance.  


« Chez Sport et Plein Air, l’organe de communication de la FSGT, une véritable réflexion a été menée pour que la revue soit représentative de la politique anti-sexiste de la fédération et un outil d’application de cette politique », ajoute Zineb Ajaraâm. Une charte a été mise en place pour garantir l’usage d’un vocabulaire dépoussiéré des poncifs sexistes, homophobes ou transphobes. L’écriture est inclusive, les noms des pratiques sont féminisés, les pratiques qui luttent contre les stéréotypes de genre sont mises en avant, la parole est toujours donnée aux premièr.es concerné.es et les luttes queer sont visibilisées autant que possible. Visibiliser, c’est d’ailleurs l’objectif de l’exposition photo En corps et contre tout, à laquelle Sarah Fernandez a participé. Elle met en lumière les femmes dans le sport, qu’elles soient professionnelles ou néophytes, pratiquantes ou dans les instances de gouvernance. « C’est en visibilisant les luttes et les première.es concerné·es que l’on contrebalance les discours de haine », ajoute Sarah Fernandez. « Le sport est politique, tout est politique, et le sport rassemble, alors autant s’en servir comme tel. »  


Échanger les bonnes pratiques  

Le temps des conférences est terminé. Dans l’assistance, Garance, 12 ans, est la benjamine de la soirée. « J’ai retenu que le sexisme concerne aussi les enfants et que les tournois où les points des filles comptent double sont une mauvaise idée car cela dévalorise les filles et leur met beaucoup de pression », résume-t-elle. Elle en parlera à ses copines demain au collège, mais ne compte pas sur les garçons pour s’intéresser au sujet. Derrière elle, Séverine Vidal, directrice technique nationale de la FFEPGV, est impressionnée par l’ampleur des réflexions menées par la FSGT et par les dispositifs mis en place. « L’engagement de la FSGT est remarquable, il faut que les fédérations échangent davantage sur ce sujet », suggère-t-elle. « On a beaucoup à apprendre et peut-être que la FSGT pourrait nous accompagner. » L’invitation est lancée. 

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