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Sous la poussière, le sport populaire !

9 oct.
5 min de lecture

La présence en force de la FSGT lors de la Fête de l’Humanité (11-12-13 septembre à Brétigny-sur-Orge) a marqué l’engagement réaffirmé de notre fédération, née en 1934, autour de ses valeurs fondatrices : antifascisme, solidarité, sport populaire. 

Sous la poussière, le sport populaire !
Illustrations : © Juliette Guignouard, © Laurent Moustard

Il est 8 heures en ce beau dimanche du 13 septembre 2026. Le soleil vient à peine de se lever. Seul·es les bénévoles peuplent les allées de la Base 217, au Plessis-Pâté, lorsque Benjamin arrive au stand de la FSGT pour demander un café. Short, t-shirt rouge à l’effigie d’un club de coureurs grenoblois, baskets poussiéreuses, les yeux encore gonflés d’un réveil trop matinal derrière ses lunettes rondes, il est le premier participant à récupérer son dossard du Cross Solidaire, la course antifasciste qui se tient lors de fête de l'Humanité. Le départ ne sera donné qu’à 9h30 mais « je n’arrivais plus à dormir », explique le jeune homme de 35 ans, qui passe la nuit au camping depuis deux jours et ne compte que cinq heures de sommeil à son actif. C’est la quatrième fois qu’il se rend à ce grand rassemblement politique et festif et il y court pour la première fois. Pour cause, il n’y avait plus eu de course à pied depuis sept ans. Pourtant, cette dernière a longtemps représenté un moment incontournable de la fête.  


Une course politique 

Le premier Cross de l’Humanité s'est tenu en 1933 et, par la suite, les 10 km de la Fête de l’Humanité ont été organisés jusqu’en 2019. Un tel retour constitue un symbole fort. Il signe également la continuité de quatre-vingt-cinq ans de partenariat entre la FSGT et la fête de l’Humanité autour d’une vision commune du sport : accessible, convivial, solidaire et engagé. D'ailleurs, si le cross se précise cette année en course antifasciste, il s’agit aussi de réaffirmer, plus que jamais, la pertinence du sport populaire qui lutte contre toutes les formes de discrimination et fait vivre au quotidien les valeurs d'égalité et d'émancipation. 


« Le côté antifasciste de la course fait partie des raisons qui m’ont motivé à m’inscrire », affirme d’ailleurs Benjamin, à l’instar d’Hélène, 51 ans, et Hugues, 65 ans, venus du Pas-de-Calais, ou encore Yann, 30 ans, le drapeau de la Palestine coincé dans l'élastique de son short. « Je m’y suis mis cette année et je me suis dit que, tant qu’à courir, autant soutenir la cause », explique l’Ariégeois. Habitante de Maubeuge, Léa, 26 ans, short fleuri assorti à son bandeau, compte en outre sur « un état d’esprit plus tranquille ». « D’habitude, dès que tu dépasses un homme, ça lui déplaît », explique-t-elle. « J’aime bien l’idée qu’aujourd’hui on n’est pas là pour la compétition. »  


S’ils·elles sont en effet beaucoup à participer pour le plaisir et la symbolique surtout, certain·es, les jambes et la tête davantage reposées, garderont un œil attentif sur le chrono. Noam, 22 ans, baskets beiges immaculées, dont la grand-mère vit juste à côté, est membre d’un club d’athlétisme. Il vise de boucler les 5 km en moins de 17 minutes et 30 secondes. Preuve de l’engouement suscité (260 volontaires), ils et elles sont nombreux·ses à être venu·es en dépit de la jauge qui affichait complet. Laura débarque en courant, la pommette droite scintillante de paillettes bleues, sa poche à eau sur le dos. « Je n’ai pas pu avoir de dossard mais je viens quand même, pour moi, et parce que je trouve génial que l’on ait relancé le cross à la Fête de l’Huma », explique la médecin bénévole qui œuvre à l’infirmerie depuis vendredi.  


Immersion dans le cross antifasciste 

9h30 : Après une séance d’échauffement animée par Michaël, coordinateur de la Ligue Île-de-France FSGT, le coup de feu claque. Départ en trombe pour les quelque 300 participant·es, Noam s’immisce dans le groupe de tête. Sous le nuage de poussière aussitôt soulevé, la fanfare de L'Ernestophone s’est mise en branle et fait danser les supporter·rices. En moins de temps qu’il faut pour le dire, les plus rapides réapparaissent déjà. Plus loin derrière, des paires de joues rouges tirent déjà la langue sans rien lâcher. Plus qu’une boucle. 


9h44 : Voilà le premier finisher du Cross antifasciste qui déboule ! Débardeur à l’effigie de la Palestine, il coupe le chrono de sa montre : 14 minutes 36 secondes. Peu après, Noam suit de près, 15 minutes et 20 secondes au compteur. « Je suis content de mon temps et c'était chouette », souffle-t-il en souriant. À 27 minutes, Léa et son bandeau à fleurs surgissent, ravie de « l’ambiance trop cool grâce aux gens venus encourager ».  


10h : À la fontaine à eau, on se bouscule pour glisser sa tête sous les robinets, on boit jusqu’à plus soif et on danse. Les dernier·es arrivant·es franchissent la ligne sous les applaudissements. Le cross solidaire est terminé. La fanfare, elle, n’est toujours pas à bout de souffle.  


50 nuances de sport populaire 

Si le cross constituait l’un des événements phares de la FSGT en cette 91e édition de la Fête de l’Huma, il ne représentait qu’une petite partie des activités qu’elle proposait durant ces trois jours : volley-ball, escalade, cirque, échecs et échecs géants, judo, boxe thaï, basket et danse. Les bénévoles encadrant ces différents espaces ont eu à cœur de transmettre aux participant.es les valeurs du sport populaire et les enjeux propres à leur discipline. 


« Le cirque est un sport sous-coté », a souligné Pierre, de l’Entente sportive de Vitry. « On ne retient que le côté art de rue ou clown sous un chapiteau. En réalité, en plus de toute la dimension artistique, c’est un sport très complet qui peut solliciter à la fois le cardio, la coordination, le renforcement musculaire ou encore la souplesse. C’est aussi une pratique très valorisante où on observe vite des progrès. » 


Sur la tour d’escalade dressée juste à côté, on entendait les encouragements envers celles et ceux qui avaient décidé de prendre de la hauteur. « L’idée est de rendre les sports de montagne et les sports de nature accessibles aux urbains qui sans cela seraient cantonnés à une poignée de sports », nous a expliqué, Eric Bernardin, bénévole du club de Roc14 à Paris. « La FSGT présentait déjà cette position dans son documentaire Des Montagnes dans nos villes, sorti en 2017. » Affirmer ses valeurs politiques à travers le sport, c’est aussi ce que revendique le club Raccoon Kai Popular Boxing Club qui animait le stand de boxe thaï. « Tous nos cours sont gratuits et on prête le matériel pour qu’il n’y ait pas de frein financier à la pratique sportive. À la fin de chacun de nos cours, on fait un tour de parole pour discuter politique », détaillait Laurene en enfilant ses gants de boxe. « L’idée est de sensibiliser les gens au lien entre le sport et la politique mais aussi de se dissocier le plus possible de l’image masculiniste des sports de combat très connotés à des valeurs de droite. »


Penser le sport populaire & solidaire de demain

 

L’espace de la FSGT a autant été l’occasion d’illustrer le sport populaire que de le penser. Comment le conjuguer avec les luttes féministes et un féminisme intersectionnel ? Comment mettre en œuvre un sport populaire, solidaire, antiraciste et antifasciste ? Comment faire rimer sport populaire et haute performance ? Quels enseignements peut-on tirer de l'Université du Sport Populaire ? Et comment le sport populaire prend-il forme à l’internationale ? Cette dernière question a été l’occasion d’un focus sur les actions solidaires menées par la FSGT en Palestine, comme celles du collectif d’escalade Solidarité grimpe Palestine. « La FSGT n’a rien renié de ses valeurs », a affirmé Pascal Etienne, militant FSGT et co-fondateur du collectif. « Soutenir la Palestine, c’est une manière d’affirmer son antifascisme et de participer à la lutte antifa mondiale. »  


La participation de la FSGT à la Fête de l’Humanité a donc illustré la richesse, toujours aussi vivante, du sport populaire, qui plus que jamais, s’inscrit dans le contexte actuel comme une force de résistance associative, militante et joyeuse au service de toutes et tous.


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