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Transidentités : l’offensive de la contre-culture identitaire

il y a 4 jours
4 min de lecture

Aujourd’hui, la contre-culture identitaire d’extrême droite s’impose comme un levier pour défendre les normes traditionnelles de la famille, en opposition frontale avec ce qu’on caricature dans le paysage politico-médiatique comme le « wokisme ». 

Transidentités : l’offensive de la contre-culture identitaire
Illustration : © Paul Burckel 

Concept de lutte théorisé par les communautés afro-américaines dans les années 1960-1970, le mot « woke », qui signifie « éveillé », connaît un renouveau avec les mobilisations contre les violences policières, notamment Black Lives Matter, à partir des années 2010. Il est aussi utilisé comme bannière des différentes luttes contre les discriminations, telles que l’antiracisme, le féminisme, les droits LGBTQIA+ ou les revendications décoloniales.  

Désormais, ce terme parapluie fonctionne moins comme une idéologie homogène que comme un objet polémique permettant d’arpenter les couloirs étroits de la contre-culture identitaire qui s’y oppose. 


De la panique morale à la guerre culturelle 


Dans la rhétorique de cette même contre-culture, plusieurs offensives se dessinent. La plus notoire est l’inversion accusatoire : un mécanisme qui polarise les débats, positionne les groupes discriminés en oppresseurs et inverse la dynamique de l’accusation. 


Stanley Cohen, sociologue britannique, théorise en 1972 le concept de « panique morale ». Cette notion trouve notamment sa genèse dans son ouvrage Folk Devils and Moral Panics, dans lequel elle désigne une réaction collective et disproportionnée face à des groupes minoritaires présentés comme menaçant l’ordre social établi. 


C’est dans cette mécanique que certaines formes de transphobie peuvent être formulées à travers des discours d’émancipation des corps et de protection des femmes cisgenres. Ici, on parle d’instrumentalisation des causes féministes à des fins électorales, mais aussi de discrimination fondée sur le genre. Une contradiction flagrante, car sous couvert de défense des femmes et des minorités de genre, plusieurs politiques s’attaquent désormais aux femmes transgenres. 


Ces mécanismes d’avilissement trouvent un écho dans la mécanique transphobe que l’on observe souvent dans le paysage politico-médiatique : cibler, marginaliser et avilir un groupe de personnes en raison de leurs identités de genre. Des mécanismes de domination que l’on peut également identifier dans les pressions exercées sur les communautés musulmanes et/ou non blanches. 


Aujourd’hui, ces « démons populaires » ne sont plus représentés comme des personnes revendiquant des droits, mais comme un groupe homogène qui menacerait l’ordre hégémonique de l’hétéro-patriarcat, un modèle de dynamique sociale fondé sur des rôles genrés et une vision traditionaliste du couple et de la famille. 


Ici, on questionne la normalité telle qu’elle est inculquée et imposée comme unique dynamique sociale. Des aspirations identitaires qui sont d’ailleurs souvent véhiculées par l’extrême droite. C’est pour cela que cette contre-culture réactionnaire a besoin d’ériger des ennemis publics pour se targuer de « défendre » les femmes cisgenres, les immigré·es, les musulman·es, les femmes transgenres, etc. 


Ces différents groupes sont ainsi présentés comme étant réunis sous la bannière du « wokisme », ce qui contribue à leur stigmatisation, mais surtout à la normalisation d’un discours traditionaliste et discriminatoire, sous couvert de défense de la famille traditionnelle. Un ordre social que les luttes féministes ont d’ailleurs historiquement contesté. 


L’identité comme une arme politique 


Pourtant, ces dernières années, nous avons observé une augmentation des discours teintés d’homonationalisme à des fins politiques. Le Rassemblement national se pose en défenseur des personnes LGBTQIA+ pour véhiculer des idées islamophobes et racistes, en opposant les musulman·es à la communauté queer. Dans les faits, en 2021, Marine Le Pen s’est elle-même opposée à la PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires. 


Cette instrumentalisation est un marchepied pour protéger avant tout l’ordre hétéro-patriarcal, plaçant inlassablement les femmes dans une position de vulnérabilité constante, où le sauveur serait éventuellement notre tragique prince hétéro-cis-blanc. Cette rhétorique réactionnaire remixe d’inlassables théories du genre et met en bouteille des luttes féministes longtemps portées sans perspective intersectionnelle. 


Si la contre-culture réactionnaire s’attaque aux personnes transgenres, ce n’est que la continuité des discours homophobes observés dans le paysage politico-médiatique en France. Les États européens se targuent souvent d’être précurseurs dans les luttes LGBTQIA+. Pourtant, ce narratif omet que certaines législations criminalisant les relations homosexuelles ont été introduites ou renforcées dans plusieurs territoires sous domination coloniale européenne, avant d’être maintenues, parfois après les indépendances. 


Ce qui se présente comme une révolte contre-culturelle ne fait en réalité que recycler d’anciens imaginaires politiques et discriminatoires. En effet, les doctrines chrétiennes ont profondément influencé certaines lois queerphobes.  


On peut notamment citer l’article 377 du Code pénal indien, les lois criminalisant les relations homosexuelles au Kenya ou encore la criminalisation de l’homosexualité au Nigeria, introduites ou renforcées durant la colonisation. Souvent, ces lois ont contribué à effacer ou à marginaliser des traditions précoloniales qui appréhendaient la sexualité et le genre selon des conceptions plus diverses et fluides. 


Bien que les discriminations liées au genre découlent d’un système hétéro-patriarcal mondial et systémique, l’extrême droite française a néanmoins mené des offensives directes pendant des périodes clés. Dans les années 1970, lors des luttes contre la pénalisation de l’homosexualité, Jean-Marie Le Pen, alors à la tête du Front national, qualifiait les personnes homosexuelles de « déviantes », avant d’instrumentaliser la crise du sida dans les années 1980 pour s’attaquer aux personnes queer. Plus tard, dans les années 1990, le FN s’aligne sur la droite traditionnelle pour faire barrage au PACS, qui, selon eux, annonçait la mort de la famille traditionnelle. 


Puis, dans les années 2000, des groupuscules d’extrême droite tels que le GUD s’infiltraient dans les cortèges de la mobilisation contre le mariage pour tous et mettaient en danger plusieurs personnes LGBTQIA+. Dans sa logique de « dédiabolisation » médiatique, le Rassemblement national ne peut donc pas afficher ouvertement toutes les positions qui rappellent les années de Jean-Marie Le Pen. 


À qui appartient le corps ?


C’est dans cette logique de continuum rhétorique et politique de violences sexistes et discriminatoires envers les personnes queer que les partis d’extrême droite ciblent désormais les personnes et les enfants transgenres.  


Car s’attaquer à ces communautés, c’est aussi s’attaquer à l’autodétermination des corps : l’essence même de l’émancipation des corps, des esprits, des terres et des peuples. 


Les personnes transgenres et non binaires deviennent des étendards de luttes ou de discriminations, au-delà de leur réalité sociale. Une célèbre drag-queen française disait : « Il n’y a pas de priorités dans les luttes, mais il y a des urgences. » Et il est urgent de protéger les enfants transgenres. Car une lutte conditionnée par les identités ne peut se réduire à une simple recherche de privilèges.


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