Ces élus municipaux militants FSGT
- Nicolas Kssis

- il y a 2 jours
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La FSGT a compté de nombreux élus municipaux dans ses rangs et parfois des maires, des plus anonymes aux plus célèbres.

Dès l’apparition du sport ouvrier en France au début du XXe siècle, les rares municipalités socialistes existantes sont, du moins en région parisienne, un soutien important de ses clubs locaux. La commission sportive de la FSAS (Fédération sportive athlétique socialiste) insistait d’ailleurs sur ce point en août 1913 (L’Humanité, 02/08/1913) : « De toute évidence, les municipalités de la banlieue parisienne commencent à s’apercevoir de l’existence de notre FSAS et à lui attribuer suffisamment de force et de confiance pour lui livrer l’organisation de réunions athlétiques. » À titre d’illustration, la mairie des Pavillons-sous-Bois, au nord-est de Paris, dirigée par Charles-Armand Ducastel Robillard, mit ainsi à la disposition de la toute jeune fédération ses premiers terrains de football.
De fait, les maires vont se révéler au fil du temps, au sein de leur parti politique respectif, les principaux « connaisseurs » de la question sportive et souvent, en parallèle, des dirigeants importants d’organisations sportives ouvrières. Du côté socialiste, il faut évoquer, entre les deux guerres, le cas de Charles Auray, maire de Pantin ou d’Antonin Poggioli, au Bourget (au nord de Paris). Ce dernier sera même coprésident de la FSGT lors de sa création en 1934. Impossible non plus d’oublier Edmond Pépin, premier édile du Pré-Saint-Gervais (banlieue parisienne), qui avait rejoint les rangs du sport ouvrier dès ses premiers pas. Il deviendra lui aussi coprésident de la FSGT à la Libération. D’ailleurs, avant 1940, la composition du bureau de l’Éducation physique populaire gervaisienne, indiquait clairement sa position au cœur de l’organigramme de la municipalité socialiste. Outre Edmond Pépin donc, le secrétaire Jules Clergent était conseiller municipal, ainsi que son trésorier, Paul Bourdaleix, également secrétaire de la section locale SFIO (Section française de l’internationale socialiste).
En face, du côté communiste, s’impose la figure de Georges Marrane. Il avait adhéré au club sportif socialiste d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) dès 1913. Grand amateur de football et de boxe, il deviendra maire de la ville de 1925 à 1965, dirigeant de la FST (Fédération sportive du travail) puis coprésident de la FSGT - sans oublier son poste de ministre de la Santé publique et de la Population dans le gouvernement de Paul Ramadier du 22 janvier 1947 au 4 mai 1947. Ivry-sur-Seine fut considérée comme un laboratoire de la politique sportive municipale du PCF (Parti communiste français) et de la fameuse « banlieue rouge ».
La guerre des villes ouvrières
Durant cette période, la rivalité qui oppose les deux organisations sportives ouvrières - FST et l’USSGT (Union des sociétés sportives et gymniques du travail) - dans le cadre de l’affrontement politique entre le PCF et la SFIO, trouve un prolongement évident dans l’arène municipale. De la sorte, l’Union sportive ouvrière de Malakoff (Hauts-de-Seine) dirigée par Alfred Lallement, conseiller municipal d’opposition et membre de la commission administrative de l’USSGT, devait composer avec l’ostracisme de la mairie communiste envers son club, qui réservait ses équipements aux équipes de la FST. Ses joueurs étaient contraints de s’expatrier sur le champ d’aviation d’Issy-les-Moulineaux pour s’entraîner. À Pantin (banlieue est de Paris), les communistes locaux dénonçaient sans cesse la gestion de Charles Auray, maire et sénateur socialiste puis néo-socialiste, président de l’USSGT, en ciblant, entre autres, « les tromperies » de son action en faveur du sport. À preuve selon eux, malgré la rénovation du stade de la Seigneurie, à grands frais, « l’entraînement des joueurs de football […] a lieu de l’autre côté de la rue Méhul sur l’ancien terrain, car il ne faut pas abîmer l’herbe du stade. » (La voix de l’Est, 25/11/1933)
Être élu·e d’une ville constituait clairement un critère de compétence en matière sportive dans le monde partisan et, en retour, conduisait souvent, dans la sphère fédérale, à occuper des responsabilités locales ou nationales, ne serait-ce qu’en termes de représentativité institutionnelle. Cette imprégnation, somme toute logique au regard de la place de la commune dans la démocratisation et le financement du sport, connaîtra par la suite de nombreux visages.
Par exemple, Joseph Dubois, ouvrier ajusteur, syndicaliste à la CGT (Confédération générale du travail), qui fut conseiller municipal SFIO de Brest (1919-1935) et membre du comité régional de la FSGT. Il faisait ainsi partie, en 1919, des fondateurs et responsables du club de football de l’Union sportive ouvrière brestoise. Il fut ensuite président-fondateur de la Jeunesse sportive ouvrière brestoise, qui rassemblait 500 adhérent·es en 1936. Citons ensuite Roger Harang, élu en mai 1935 conseiller municipal communiste de Drancy, aujourd’hui en Seine-Saint-Denis, et responsable local et national de la FSGT. Il sera déchu de son mandat le 15 février 1940 pour appartenance au PCF.
Descendons désormais dans le Sud pour placer quelques mots sur Jean Passaglia, dit Jeannot, adjoint au maire communiste de La Seyne-sur-Mer, dans le Var. Footballeur d’un niveau honorable au sein du Club sportif municipal seynois, il se révéla surtout un athlète émérite. Il sera ainsi champion de France FSGT du 100 mètres, du 200 mètres et du relais à la fin des années 1940. Au regard de ses performances, il fut sélectionné pour représenter la FSGT lors de rencontres internationales en Italie (1952), en Roumanie (1952), en Suisse (1954) et en Tchécoslovaquie (1956). Il engrangea aussi la médaille d’or du 100 mètres lors du Festival mondial de la jeunesse à Budapest (1949). Élu municipal de 1953 jusqu’en 1995, que ce soit au sein de la majorité communiste, ou dans l’opposition après 1984, il contribua grandement aux réalisations municipales dans le domaine sportif.
Au service du sport populaire
Direction la Normandie maintenant, avec Georges Sorel, conseiller municipal de Neuville-lès-Dieppe (Seine-Inférieure, aujourd’hui Seine-Maritime). En 1938, ce secrétaire administratif du syndicat CGT des cheminots de Dieppe créa le premier club local adhérent à la FSGT. En octobre 1944, il fut nommé conseiller municipal de Neuville-lès-Dieppe par le préfet de Seine-Inférieure, ainsi que vice-président du comité local de Libération nationale. Il sera réélu conseiller municipal en mai 1945 sur une liste d’union.
Terminons ce panorama, forcément incomplet, avec Auguste Persancier, militant communiste et résistant à Saint-Denis en banlieue parisienne. Boxeur passionné, il triompha du champion d’Algérie Rico et du champion de France FST, un certain Galache. Dans ses mémoires, cet amoureux du noble art affirmait n’avoir perdu qu’une dizaine de combats sur les deux cents qu’il disputa. Lorsqu’il cessa de monter sur le ring, il entraîna à la FSGT et forma de nombreux amoureux du noble art. Auguste Persancier fut maire adjoint de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) d’avril 1945 à mars 1965, et conseiller municipal jusqu’en 1983, puis maire adjoint honoraire à partir de 1973. Pendant une grande partie de cette période, il présida également aux destinées du Saint-Denis union sports.
Nous sommes certains que beaucoup de nos associations pourraient compléter ce tableau. Rappelons encore une fois l’hommage rendu dans le dernier numéro à Rolland Besson, élu municipal à Vigneux-sur-Seine (Essonne) et co-président de la FSGT. Le sport populaire est également un engagement citoyen.




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