top of page

Hommage aux chevilles ouvrières du sport populaire 

De nombreux·ses bénévoles ont participé au développement de la FSGT au cours de ses neuf décennies d’existence.   

Denise Briday au sein de la direction, très masculine, nationale de la FSGT dans les années 50. 
Denise Briday au sein de la direction, très masculine, nationale de la FSGT dans les années 50. 

Nous vous proposons de rendre hommage, via quelques figures emblématiques, à la richesse et la diversité des parcours des militant·es du sport populaire, artisan·es d’un projet émancipateur mêlant pratique sportive, engagement social et combat politique.  

Vous pouvez retrouver de nombreuses informations concernant les bénévoles de la FSGT sur le site : www.maitron.org.  

 

Addy Fuchs  

 

Né le 26 février 1926 à Paris (XIXe arrondissement), Addy Fuchs est le fils d’immigrés juifs polonais arrivés en France en 1920. Il grandit ainsi dans le quartier populaire de Belleville, à l’est de la capitale. Déporté par les nazis à Auschwitz en septembre 1942, il revient profondément marqué par les privations subies dans les camps. Sur les conseils de son médecin, inquiet des effets d’une forme de boulimie développée après la déportation, il adhère au Club populaire et sportif du Xe arrondissement de Paris. Malgré sa taille modeste, 1,59 m, il choisit le volley-ball, qui deviendra « son sport », avant de s’investir également dans le tennis de table. Au sein de la FSGT, Addy gravit progressivement les échelons de direction dans sa discipline de prédilection. Responsable de la section volley-ball de son club dans les années 1950, il accède ensuite à la commission sportive fédérale. Dans les années 1970, il contribue surtout de manière décisive à la transformation des modèles de compétition et de pratique. Il est notamment à l’origine de l’organisation de matchs en semaine, afin de mieux répondre aux nouveaux modes de vie des salarié·es. Il participe aussi activement au développement des équipes mixtes, jusqu’à leur reconnaissance officielle dans les compétitions de la CSIT (Confédération sportive internationale du travail). Il s’éteint en décembre 2018.  

 

Denise Briday  

 

Denise Briday adhère à la FST (Fédération sportive du travail) en mars 1929, au sein de l’Étoile sportive du XVIIIe arrondissement de Paris. Elle y pratique le basket-ball, discipline collective dans laquelle le sport ouvrier se féminise très tôt. Rapidement, elle assume des responsabilités dans la section au sein de son association, puis à l’échelle fédérale, notamment en faveur du développement du sport féminin. Dès la création, en 1934, du comité d’Île-de-France de la FSGT, elle siège à la commission des sports féminins, avant d’intégrer en 1939 la commission fédérale du même nom. Elle collabore également au journal Sports. Pendant l’Occupation, elle devient agente de liaison d’Auguste Delaune, puis de Robert Mension, pour le réseau clandestin « Sport libre », accomplissant à ce titre de nombreuses missions périlleuses. À la libération, elle occupe la fonction de trésorière fédérale de 1945 à 1953, tout en étant membre du bureau fédéral de 1946 à 1949. Son parcours éclaire parfaitement l’importance des bénévoles féminines dont le rôle est trop souvent minimisé sous prétexte que leur engagement se situait dans une sphère dite administrative.  

 

Lise Ricol  

 

Lise Ricol rejoint la FST en 1931 à Vénissieux, commune ouvrière de la banlieue lyonnaise. Elle y joue un rôle déterminant dans le développement de la pratique sportive féminine au sein de la classe laborieuse. Dans ses mémoires (Le Printemps des camarades, Seuil), elle évoque les obstacles rencontrés face au conservatisme de son milieu social : « C’était une nouveauté et les parents se faisaient tirer l’oreille avant de permettre à leurs filles de venir s’entraîner, courir, sauter en maillot et petite culotte sur le terrain municipal. Que de préjugés avons-nous dû combattre ! » Très engagée dans le sport ouvrier, elle contribue à la préparation - finalement avortée - de la Spartakiade (compétition organisée par l’Internationale rouge des sports, communiste, pour contrer les Jeux olympiques « bourgeois ») qui devait se tenir à Lyon. Elle rencontre à cette occasion Auguste Delaune, futur secrétaire général de la FSGT, qu’elle accompagne en 1933, une fois mariés, à Moscou afin de se former dans la « patrie du socialisme ». Elle y fait la connaissance d’un militant tchécoslovaque, Arthur London, dont elle tombe amoureuse. Le couple porte, dans les années 1960, après son exil en France, la lutte contre le stalinisme, rendue célèbre par le livre puis le film L’Aveu (1968).   

 

René Jouanien   

 

Né le 10 juin 1923 à La Chapelotte (Cher), René Jouanien était tourneur sur métaux à la SNCF - il travaille une grande partie de sa vie au magasin général de Saint-Pierre-des-Corps. Syndicaliste CGT et militant communiste, il s’implique aussi bénévolement au sein de la FSGT. Son premier ancrage associatif s’effectue dans le Patronage laïque Paul-Bert à Tours, où il pratique le basket-ball et l’athlétisme. De 1947 à 1953, il est responsable de section, puis secrétaire du comité régional FSGT de 1953 à 1965. En 1966, il devient président de la Ligue du Centre, tout en demeurant membre du comité national jusqu’en 1975. Reconnu et respecté, il participe aussi aux débats du Comité olympique et sportif de la région Centre entre 1971 et 1992. Il était par ailleurs titulaire de la médaille d’or de la Jeunesse et des Sports.  

 

Vincent Pascucci   

 

Issu d’une famille immigrée italienne antifasciste installée à Nanterre, Vincent Pascucci rejoint, âgé à peine de vingt ans, la résistance. Il participe à la propagande clandestine contre l’occupant sous le pseudonyme de Rollin, puis à la libération de sa ville le 21 août 1944. Il reçoit la médaille de la Résistance par décret du 15 octobre 1945. Militant communiste, il siège au conseil municipal de Nanterre de 1953 à 1977. Il se révèle surtout le président emblématique de l’Entente sportive de Nanterre pendant près de trente ans, défendant inlassablement l’accès de toutes et tous à la pratique sportive. Très investi au sein du comité départemental des Hauts-de-Seine à partir de 1967, ainsi qu’au sein de la Ligue d’Île-de-France, il est également dirigeant national de la FSGT dans les années 1960. Un stade porte aujourd’hui son nom, rue de la Commune, à Nanterre. Sa vie a fait l’objet, en 2022, d’une bande dessinée intitulée Ciao Vincent ! (Quelle Histoire !/L’ArtBouquine).  

 

Rosette Guérard   

 

Née en 1908, Rosette Guérard, passionnée de gymnastique rythmique, illustre parfaitement la fusion entre bénévolat et militantisme avant la Seconde Guerre mondiale. L’historien Fabien Sabatier résumait ainsi son parcours dans un article publié en 2006 dans la revue Le Mouvement social : « Rosette Guérard est une figure prédominante, bien que méconnue, de l’histoire du mouvement sportif ouvrier français. Elle participe, tout d’abord, en 1928, en qualité de membre de la petite délégation de la FST, aux Spartakiades de Moscou, et ce premier pas sur le sol de “la patrie du socialisme” marque sa première adhésion significative au combat du sport ouvrier international. » Elle est ensuite l’une des principales négociatrices de l’unité entre l’USSGT (Union des sociétés sportives et gymniques du travail) et la FST, qui aboutit à la création de la FSGT en décembre 1934. Elle contribue directement à la rédaction de la charte fondatrice. « Suite à cette unification, elle prend des fonctions d’importance dans la toute nouvelle FSGT, en qualité de membre de la première commission exécutive », poursuivait Fabien Sabatier. La Seconde Guerre mondiale l’éloigne temporairement des combats sportifs. Elle réadhère toutefois à la FSGT reconstituée dès la Libération. « Elle consacre l’essentiel de la seconde moitié de sa vie (1945-1970) à la diffusion de la gymnastique rythmique au sein du Red Star Club de Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’un des clubs FSGT les plus dynamiques de la région parisienne, soutenu par une municipalité emblématique de la banlieue rouge », concluait l’historien.  

 

Jane Renoux  

 

Beaucoup sont, à la FSGT, celles et ceux qui ont croisé le chemin de Jane Renoux et se souviennent de ses grands yeux bleus débordant d’optimisme. Militante communiste, davantage par conviction personnelle que par discipline partisane, elle est surtout, dans les années 1980, la première journaliste sportive à L’Humanité. Le quotidien lui rendit plus tard hommage en rappelant le « choc » qu’avait constitué l’arrivée d’une femme dans une rubrique alors très masculine. Parallèlement, elle écrit également, bénévolement, dans le journal de la FSGT, Sport et plein air. Elle connaît bien la fédération : son mari, Yves Renoux, en est — et demeure — un militant actif, après y avoir longtemps exercé la fonction de conseiller technique. Convaincue de la possibilité, voire de la nécessité, pour la gauche d’organiser un sport progressiste, elle mène une longue bataille féministe afin que le « second sexe » soit pleinement reconnu, tant dans le mouvement sportif que dans sa famille politique, à une époque où ce type de revendications était encore largement marginalisé ou décrié. Elle travaille ensuite à la mairie d’Arcueil (Val-de-Marne), dirigée par Daniel Breuiller, lui-même ancien responsable de la FSGT. Son parcours illustre à quel point le bénévolat au sein de la fédération s’enrichit des expériences individuelles et contribue, en retour, à façonner des trajectoires militantes singulières. 

Commentaires


Les commentaires sur ce post ne sont plus acceptés. Contactez le propriétaire pour plus d'informations.
bottom of page