Entre pureté & fatigue militantes, quand le bénévolat épuise...
- La rédaction

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Dernière mise à jour : il y a 4 jours
En France, le tissu associatif est composé de près de 19 millions de bénévoles. Mais comment conjuguent-ils/elles fatigue et pureté militantes ?

Le dernier baromètre de l'Ifop pour France bénévolat* est sans équivoque : un tiers des Français·es s’identifie comme « bénévole ». Mais si la motivation de donner de son temps libre perdure dans une société au rythme de plus en plus accéléré, les bénévoles se retrouvent de plus en plus en difficulté pour faire perdurer leur engagement. Cette conjoncture peut conduire à une fatigue militante. Elle favorise aussi une culture du sacrifice, appelée « pureté militante ».
Véritable fil rouge de la société civile française, le bénévolat est le socle du débat démocratique. Héritage de la charité chrétienne au Moyen Âge et défini comme une action volontaire non rémunérée au service d’une cause ou d’une personne, il s’adapte aux aspirations transgénérationnelles autour des contextes social et politique dans lesquels il évolue.
Si de nombreuses associations sont issues de la lutte ouvrière, le bénévolat ne reste pas non plus cantonné au militantisme revendicatif. Diversifié, polyvalent, mais surtout fédérateur, il se conjugue au pluriel.
Le bénévolat en France fait face à plusieurs difficultés. Le tissu associatif s’effrite de plus en plus et cette porosité laisse certain·es bénévoles dans un état de vulnérabilité qui n’est pas à la hauteur de l’engagement qu'ils/elles fournissent. De plus, le contexte socio-politique, associé aux baisses des subventions, empiètent de plus en plus sur leur charge mentale. Pour preuve, en 2022, 36 % des Français·es se disaient bénévoles, contre 40 % en 2013.
Quand l’engagement devient usure
L’architecture fine et délicate du bénévolat devient vétuste. Sans garde-fou, la charge mentale des bénévoles peut amener au burnout : c’est ce que l’on appelle communément la fatigue militante. Le peu, voire l’absence, de prise en charge institutionnelle des risques psychosociaux dans les milieux militants érode au fur et à mesure le socle sur lequel repose le bénévolat.
Entre pression sociale, surmenage et course après le « temps », le bénévolat constitue une joyeuse anomalie qui tranche avec le rythme effréné du capitalisme. En effet, il s’imbrique dans un temps dit « discipliné », c’est-à-dire qui n’existe pas « hors système ». Les bénévoles qui sont actifs s’organisent donc pendant une pause déjeuner, en soirée ou les week-ends.
Edward P. Thompson, historien et sociologue marxiste britannique, décrivait dans son fameux article « Time, work-discipline and industrial capitalism » (1967) que le capitalisme industriel avait imposé une discipline « temps » basée sur la ponctualité, la mesure et la productivité. Cette conjoncture temporelle internalisée affecte toujours les conditions d’accès à l’engagement militant et bénévole et trouver du temps libre devient une résistance continuelle.
Dans plusieurs structures associatives, le temps est un sujet de contre-pouvoir : les réunions et assemblées sont longues, le traitement d’une problématique relève de la responsabilité de tou·tes et le débat démocratique passe par la mise en place d’un espace d’expression où les décisions sont prises collectivement. Cette contre discipline temporelle opère avec une logique qui lui est propre : mettre en place une lenteur volontaire pour refuser la surexploitation des forces humaines.
Toutefois, le contexte social et politique pousse les bénévoles à trahir cette philosophie et à investir encore plus leur temps libre. Ils/elles se mobilisent avec force contre la montée du fascisme et la défense d’un modèle de société plus égalitaire et basé sur l’empathie et la solidarité.
De plus, la baisse du budget alloué aux subventions, décriée par ailleurs par Le Mouvement associatif en octobre 2025, impacte lourdement les associations et leurs bénévoles. Dans un rapport publié en avril 2025, le porte-voix de près de 700 000 associations françaises avait mandaté l’Observatoire régional de la vie associative des Hauts-de-France pour réaliser une étude visant à évaluer l’impact des baisses de financement annoncées. Le constat, teinté de fatigue militante, est sans appel : 28 % des associations sondées déclarent diminuer leurs activités et 22 % se retrouvent à annuler certaines de leurs actions. Et malgré les freins d’accès à l’engagement bénévole, certain·es militant·es affichent tout de même une radicalité qui peut amener à une « pureté militante ».
De la culture du sacrifice à la culture du « soin »
Face à la montée du fascisme, la radicalité de la lutte semble être inévitable dans certains cercles militants. Le climat anxiogène teinté de masculinisme, de discrimination et d’austérité budgétaire a un fort impact sur l’engagement bénévole. La pureté militante s’impose alors comme une revendication forte pour s’y opposer.
Cette internalisation des luttes intransigeante pousse certain·es bénévoles vers un « perfectionnisme » de l’engagement, aux dépens de leur bien-être. Et quand le don de soi se fait au détriment du soin de soi, la pureté militante peut engendrer de la fatigue, de la frustration, voire du désengagement pour la cause.
La polarisation inhérente à cette forme de radicalité peut avoir de fortes conséquences sur le collectif et les individus. C’est pour cela, qu’il est urgent de mettre en place une culture du « soin » pour alerter dès les premiers signes de fatigue ou de pureté militante dans les structures associatives. Prendre du temps pour soi, pour mieux se retrouver collectivement.
Selon l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire, la France compte près d’1,3 million d’associations actives. Entre juillet 2024 et juin 2025, ce sont près de 74 000 nouvelles associations qui ont vu le jour, un niveau record depuis 2015. L’engagement bénévole continue...
* Réalisé en janvier 2025 à l'aide d'un questionnaire auto-administré en ligne auprès d’un échantillon national représentatif de 6 337 personnes âgées de 15 ans et plus.







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