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Le plongeon dans l’inconnu...

Essentielles pour l’apprentissage de la nage et la pratique associative, les piscines publiques sont pourtant menacées...  


Qui se souvient de ce petit frisson lorsque l’on entrait dans l’eau de la piscine municipale pendant l'hiver 2022 ? En raison de la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine, un certain nombre de communes - environ 70 %, selon le ministère des sports cité par BFM en février 2023 - avaient en effet décidé de baisser la température des bassins pour alléger leur facture énergétique... 


Aujourd’hui, si l’on reste sur le versant financier, la situation n’est clairement pas en train de s’améliorer. Le site Les Décideurs du sport annonçait en effet, dans un article de novembre 2025, la future suppression de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique pour les collectivités. « Cette évolution, au cœur d’un débat entre régulation publique et libéralisation du marché menace directement les piscines municipales, considérées parfois à tort parmi les équipements les plus énergivores du patrimoine local », précisait le média.


Ces restrictions, tangibles en termes de confort, éclairent la fragilité de ce service public, notamment sur le plan économique. L’accès à un bassin se révèle essentiel pour favoriser l’apprentissage de la nage, en particulier pour les enfants. Or une enquête du Syndicat national d’éducation physique, datée de juin 2025, notait que près de 15 % des établissements scolaires n’ont pas accès à une piscine. Résultat, dans les 751 zones urbaines sensibles, qui réunissent 4,4 millions d’habitant·es, la moitié des filles et des garçons entrant en 6e ne savent pas nager.


Le maintien de ce service public est donc réellement menacé, alors que les offres privées (15 % des bassins à usage collectif) se multiplient, source d’inégalité dans l’accès aux plans d’eau.

Le cas le plus emblématique reste celui de la piscine Molitor. Si elle est la propriété de la ville de Paris, cette dernière a cédé son bail d’exploitation au fonds d’investissement Colony capital jusqu’en 2062 en échange de sa rénovation. Il faut aujourd’hui débourser 180 euros pour une simple visite en journée... 


Ce constat a conduit les deux nageurs médaillés olympiques, Florent Manaudou et Alain Bernard, à publier une tribune dans Le Parisien en août dernier. Jugeant que « la situation des piscines publiques en France est préoccupante », ces dignes représentants du succès de la natation française ne sont pas dupes concernant l’héritage des JOP de Paris 2024, avec quelques réemplois symboliques de piscines construites pour l’occasion, et affirment qu’il « est temps d’initier un nouveau plan national “Mille piscines” ». L’urgence est en effet indiscutable : en 2025, les bassins de l'Hexagone affichent une moyenne d’âge de 40 ans, et 40 % des centres aquatiques ont été construits avant 1975.


Pour mémoire, le plan « Mille piscines », lancé dans les années 1970, avait en partie permis à notre pays de rattraper un cruel retard sur ses voisins. Comme le rappelait la journaliste Adèle Cailleteau, dans un article paru dans Mediapart en août 2025, cette politique d’envergure a surtout pris le visage des fameuses piscines Tournesol :

« Partout en France, des milliers de personnes ont appris à nager grâce à l’une des 183 piscines Tournesol, construites entre 1973 et 1984 dans des quartiers périurbains ou des communes rurales. Leur paternité revient à l’architecte Bernard Schoeller qui a conçu ce modèle préfabriqué en usine à 80 %. » Ces constructions sont devenues un classique des paysages citadins avec « son signe distinctif : une coupole découvrable au look futuriste typique des années 1970, entre tournesol, champignon et vaisseau spatial ».

Aujourd’hui, afin de relancer une telle initiative, alors que la République a depuis pris le tournant de la décentralisation, il s’imposerait de conjuguer une aide financière ciblée de l’État avec un effort significatif des collectivités (régions, départements, intercommunalités, communes). Or rien de tel n’apparaît dans les intentions actuelles des différents acteurs concernés, encore moins dans la loi de finances 2026.


« Il ne s’agit pas de financer des équipements de luxe ou dispendieux », assurent pourtant Florent Manaudou et Alain Bernard dans leur tribune, « mais de construire le juste besoin répondant aux attentes des territoires carencés. À l’instar des piscines Tournesol ou Caneton de l’époque, il existe aujourd’hui de nouveaux modèles, sobres en énergie et tournés vers l’apprentissage. Des modèles innovants permettant de diminuer de manière importante les coûts d’investissement et d’exploitation. »


Les retours du terrain et des acteurs associatifs, malheureusement moins écoutés, confirment le diagnostic de nos héros aquatiques nationaux.


En septembre dernier, Le Parisien notait que, juste après les JOP de Paris 2024, la Seine-Saint-Denis affichait seulement 60 m² de lignes d’eau pour 10 000 habitants.

Or « on estime qu’il faudrait 100 m² pour 10 000 habitants afin d’avoir un impact significatif sur l’apprentissage de la nage et la pratique en club », soulignait Clément Rémond - coprésident de la FSGT 93, mobilisée depuis longtemps contre cette carence dans un département jeune et populaire - dans le même article. Et si les clubs de natation dépendent de ce type d’équipement, les clubs de plongée également...


Certes, la France compte encore des milliers de piscines municipales, mais les difficultés économiques actuelles pesant sur les collectivités, cumulées avec le vieillissement des installations, provoquent un accroissement des inégalités territoriales. Et elles ne concernent plus seulement les zones périurbaines... En août dernier, Mediapart citait le cas de Saint-Sulpice-la-Pointe - dans le Tarn, département encore très rural - où la majorité municipale (Renaissance) a « décidé la fermeture définitive de sa piscine, en janvier 2025 ». Le maire, Raphaël Bernardin, justifiait cette décision par le contexte financier national, la hausse des prix de l’énergie et la vétusté d’un équipement inauguré en 1972. 


« Dans la commune, l’annonce de la fermeture a d’abord fait réagir les jeunes mères fréquentant le “baby-plouf”, un créneau dédié aux enfants de moins de trois ans pour les familiariser avec l’eau », pouvait-on lire dans l’article. « C’est un soutien à la parentalité important », témoignait l’une d’entre elles.

« La piscine m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes ici. »

Au total, pas moins huit bassins ont été fermés autour de Saint-Sulpice-la-Pointe au cours des cinq dernières années. Les conséquences de ce désert aquatique en train de se constituer pourront se révéler dramatiques, notamment pendant la période estivale. Les dernières données publiées par Santé publique France indiquent une augmentation alarmante des noyades - plus de 41 %, du 16 juillet au 15 août 2024, par rapport à 2023 -, et les enfants de moins de six ans représentent plus d’un quart des victimes…

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