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International | Les (belles) relations FSGT/Shintairen…

Au sein des fédérations affinitaires, la FSGT se singularise par l’importance qu’y occupe les relations internationales. Cette inclinaison, héritée de l’internationalisme du mouvement ouvrier, est néanmoins caractérisée par la volonté de ne pas se limiter à des échanges protocolaires ou compétitifs. En appui sur une sensibilité commune en matière de signification sociale de la pratique sportive, il s’agit de procéder à des partages d’expériences et de patrimoine du sport populaire. Le cas de la « Shintairen », une organisation japonaise (aujourd’hui nommée « New japan sport fédération »), l’illustre parfaitement. Et ce malgré l’éloignement géographique particulièrement important entre nos deux pays…

Lors du 25e congrès de la FSGT organisé à Saint-Ouen en 1982, une délégation de la Shintairen était présente...

« Dans la mouvance des organisations luttant pour la paix et l'élimination des armes nucléaires, la Shintairen (Shin nihon sport renmei ou " Nouvelle fédération du sport pour tous " ) est une fédération qui s'oppose aux conceptions compétitives seulement élitistes prônées par le mouvement sportif dominant. » Voilà, en quelques mots, comment le Sport et plein air (SPA) d’avril 2003 présente la fédé sœur de la FSGT au Japon.


Une personnalité a joué un rôle essentiel dans le développement du sport populaire au pays du soleil-levant : Takahiro Itoh. Dans le Sport et plein air de mars 2005, Emmanuelle Bonnet Oulaldj, coprésidente actuelle de la FSGT et à l’époque en charge de l'international à la Fédération, dresse d’ailleurs un beau portrait du fondateur de la Shintairen.


« Tout commence en 1963 avec l’émergence d’un mouvement sportif de la jeunesse alternatif au seul organisme officiel sportif japonais : la Fondation du sport créée en 1911 », détaille-t-on dans l’article.

« À partir de mars 1965, monsieur Itoh est poussé par plusieurs acteurs du mouvement pour créer une fédération permettant d'offrir des formes de pratiques différentes de celles qu'offre l’État (...) Le bénévolat n'attirant pas beaucoup de volontaires, il décide alors de s'engager et fonde la Shintairen dont il sera le premier président. »

« Les débuts ne sont pas faciles », poursuit Emmanuelle Bonnet Oulaldj.

« L’État exerce beaucoup de pressions, et les municipalités refusent l'accès aux installations sportives. La fédération et son fondateur sont également dans la ligne de mire des mouvements d'extrême droite car Takahiro Itoh est soupçonné de lutter contre le pouvoir. Le pluralisme est banni. Jusqu'en 1970, il n'est pas possible de créer de clubs, et les sportifs adhèrent à l'organisation sans être licenciés. »

Si le démarrage de la Shintairein s’avère donc difficile, son essor va s’opérer durant les années 1970. Dix ans plus tard, elle rassemble 43 000 adhérent·es, puis près de 50 000 en 1990. À cette époque, ses 2 700 clubs offrent un panel d’une vingtaine d’activités physiques et sportives, et on y trouve pas moins de 22 000 amateurs et amatrices de sports de montagne plus de 9000 pratiquant·es de tennis et de tennis de table, environ 7000 féru·es de baseball et près de 6000 nageurs et nageuses.


Des relations institutionnelles…

Les contacts avec la FSGT démarrent en 1969 lors de Spartakiades * en Tchécoslovaquie. « Sur le plan international, le fait du mois aura été le contact pris avec deux dirigeants de la fédération sportive travailliste du Japon », peut-on ainsi lire dans le Sport et plein air de septembre de la même année.

« Elle en est encore à ses premiers pas d’organisation et de structuration, ainsi que dans la recherche de l’orientation d’un sport démocratique. »

« Il n’est évidemment pas possible, dans les conditions matérielles actuelles, de procéder à des échanges entre les sportifs japonais et ceux de la FSGT, mais nos camarades souhaitent que la Fédération les fasse profiter de son expérience, et, dans ce domaine, une collaboration va s’instaurer », apprend-t-on dans le même article.


Au départ, les relations sont donc plutôt d’ordre institutionnel. Cela se confirme par la venue d’une délégation de la Shintairen au colloque « Sport et progrès de l’homme » organisé par la FSGT en 1975, puis aux congrès nationaux de la Fédé à Saint-Ouen (1982), à Saint-Étienne (1984), à Brest (1986) et à Pierrefitte-sur-Seine (1988). À l’inverse, une représentation de la FSGT finit par se rendre au Japon en 1990.


« Pour son 18e congrès, organisé les 10-11 mars 1990, la Shintairen a invité la FSGT », indique le SPA de juin 1990.

« Une visite de huit jours de René Moustard [alors coprésident de la Fédération] a ainsi permis de prendre contact avec la réalité du contexte japonais et le rôle joué par la Shintairen. »

Ce voyage est aussi l’occasion de mesurer ce qui rapproche les deux fédérations en termes d’analyse de la place du sport dans les sociétés modernes capitalistes. « Dans le rapport introductif à son 18e congrès, le président [de la Shintairen] Nagao met l'accent sur les points suivants : l'aggravation des conditions de travail, la vie dure des salariés, la fatigue, la faible durée des congés », note René Moustard dans le même numéro.


Selon l’ancien coprésident de la FSGT, monsieur Nagao évoque également le « développement de la commercialisation et de l'argent dans le sport. Beaucoup de japonais cherchent à pratiquer, mais comment le faire avec les choix orientés vers la rentabilisation, les équipements privés, le coût de la pratique. » Sans oublier l’école, où « l'éducation reste marquée par la discipline, jusqu'au châtiment corporel, l'idéologie nationaliste, les liens avec l'esprit religieux (comme par exemple dans le judo), l'esprit conservateur. »


... et bien sûr sportives !

Les premiers échanges sportifs débutent en 1980 grâce au voyage de judokas FSGT dans la patrie d’origine de leur discipline pour s’y former. « Cinq judokas du Comité du Nord de la Fédération ont séjourné en stage de perfectionnement au Japon, du 26 octobre au 25 novembre 1980 », explique le Sport et plein air de février 1981. « De plus, des contacts ont été noués avec la Shintairen, l'organisation sportive travailliste japonaise et nos camarades du Nord espèrent voir bientôt en France (...) des judokas nippons de très bon niveau. »


Mais, comme le relate SPA en décembre 1996, les principales relations s’établissent surtout autour des célèbres courses pour la paix qui sont organisées chaque année au Japon :

« Courir entre Hiroshima et Nagasaki, tel est le défi que se sont lancés quatre sportifs FSGT. L'un d'entre eux, Laurent Moustard, également responsable du secteur international de la FSGT, nous fait vivre ce périple depuis Osaka jusqu'à Tokyo. Un voyage dont on revient enthousiasmé. »

« Rencontré lors du Tour du Pays de Caux en mai dernier, Yoshio Kitade (responsable de la commission " course à pied " de la Shintairen) nous accueille à l'aéroport d'Osaka en ce 3 août 1996 », raconte justement Laurent Moustard dans l’article présenté quelques lignes plus haut. « Avec sa femme et ses deux enfants, il se tient derrière une banderole où est inscrit en français : " FSGT, soyez les bienvenus au Japon ". »


En avril 2003, Sport et plein air met le focus sur la « participation, au printemps dernier, d'une délégation de sept coureurs FSGT (comités des Bouches-du-Rhône et de l’Orne) à un marathon en relais (Ekiden de Yokohama) suite à l'invitation de la Shintairen, plus précisément du comité de Kanagawa. »


Dans le même numéro, Alexandre Caribone, le responsable de la délégation du Comité 13, exprime ses impressions :

« Riche en symboles, cet événement s'est avéré hors du commun d'un point de vue sportif. Il a répondu aux attentes de chacun des participants malgré leur hétérogénéité et la diversité de leurs aspirations (...) En faisant une course " ouverte à tous " et en rendant les distances à parcourir par chaque relayeur non identiques (certains ont couru dix kilomètres, d'autres sept, six ou trois), les organisateurs ont, à la fois, permis une rencontre de différents milieux sociaux et un mélange de niveaux par équipes. »

Autre aspect important : les échanges autour du football autoarbitré à 7 (FA7) qui vont amener l’introduction de cette pratique originale au Japon. Une greffe que personne n’aurait pu à priori imaginer… « Une délégation japonaise, invitée par les comités des Bouches-du-Rhône et de Seine-Saint-Denis sera (...) prochainement en France, dans le cadre d'échanges de connaissances sur le football autoarbitré à 7 », indique SPA (toujours en avril 2003).

« Les Japonais souhaitent découvrir cette pratique originale, propice à l'émancipation, à l'éducation et à la réussite de tous. Cet échange sur l'adaptation des formes de compétition et des règles de jeu (notamment l'autoarbitrage), est l'occasion pour la FSGT de promouvoir le FA7 à l'échelle internationale. »

Au final, l’aspect extraordinaire et particulièrement riche du compagnonnage entre la FSGT et la Shintairen (désormais appelée New japan sport federation), qui perdure encore aujourd'hui, est parfaitement souligné par Laurent Moustard au retour de la course pour la paix entre Hiroshima et Nagasaki en 1996 :

« Si lointaine géographiquement, le plus étonnant aura peut être été de trouver une organisation et des gens si proches de nous dans leurs pratiques et leur philosophie. »


* Les premières Spartakiades se tinrent entre les deux guerres, sous l’égide de l’Internationale rouge des sports basée à Moscou et dissoute en 1943. À partir de 1956, ce terme désigne de façon globale une série de rassemblements sportifs qui se déroulaient dans les pays du bloc dit socialiste en Europe de l’Est.

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