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La coupe du monde des discriminations

La coupe du monde qui vient de s’achever aux États-Unis-Canada-Mexique a connu de nombreuses polémiques. Mais une réalité a été pour le moins minorée : le racisme, dont la cause se niche au cœur de l’histoire du football. 


La coupe du monde qui vient de s’achever aux États-Unis-Canada-Mexique a connu de nombreuses polémiques.
Illustration : ©Paul Burckel

L’histoire du football moderne ne date pas d’hier. C’est en 1863 que les premières règles codifiées du football ont été rédigées en Angleterre par la Football Association (FA) à Londres.


À cette époque, l’Empire britannique étendait son second empire colonial en Amérique du Nord, en Asie, en Océanie et en Afrique. Cette expansion à la fin du XIXe siècle a été le vecteur principal de la mondialisation de ce sport, devenu un outil d’influence culturelle. Les dynamiques de domination coloniale étaient à cette époque en plein essor. 


Mais, conséquence de cette popularisation du ballon rond, l’Angleterre perd le contrôle exclusif de la gouvernance du football, ce qui pousse les nations d’Europe continentale à fonder la FIFA en 1904 pour gérer les compétitions internationales. Depuis le 66e congrès de Mexico, le 16 mai 2017, la FIFA compte 211 associations nationales membres, réparties en six confédérations continentales, avec notamment le Kosovo et Gibraltar comme nouveaux pays adhérents. 


Sur le papier, la FIFA rassemble un éventail varié de pays et de confédérations qui représentent une bonne partie des continents. Toutefois, les rapports de force inhérents à l’héritage colonial anglais s’additionnent avec ceux des grands pays fondateurs : France, Espagne, Pays-Bas et Belgique. Ces dynamiques de forces géopolitiques demeurent largement favorables aux ligues européennes, qui canalisent les plus grandes ressources économiques et attirent les meilleur·es joueur·euses du monde. 


À titre d’exemple, le processus d’intégration à la FIFA constitue un parcours hautement géopolitique, façonné par des critères d’éligibilité tels que la reconnaissance étatique ou l’affiliation continentale préalable (à l’instar de l’UEFA ou de la CAF). Contrairement à l’idée d’une organisation uniquement sportive, l’accès à la scène internationale dépend de critères liés à la reconnaissance, à la souveraineté et aux appartenances continentales. Les cas du Kosovo, de la Palestine ou encore de Gibraltar montrent que rejoindre la FIFA revient souvent à obtenir une forme d’acceptation symbolique dans l’ordre mondial. 

La Coupe du monde de football n’est donc pas seulement une compétition, mais aussi un espace où se reproduisent et se négocient parfois des rapports de pouvoir entre États, territoires et anciennes puissances coloniales. 


Du racisme systémique au racisme sur le terrain 

Forte de cette mixité culturelle, la Coupe du monde devient donc un instantané de nos différentes réalités sociales. 


Sur le terrain, les joueur·euses issu·es de l’immigration deviennent des étendards de projections et de représentations : véritables égéries d’« assimilation » lorsque l’équipe du joueur ou de la joueuse est gagnante, ou bouc émissaire lors d’une défaite. 


Les hiérarchies qui structurent le football mondial ne sont pas uniquement économiques. Elles s’inscrivent également dans des représentations héritées de la période coloniale. Comme l’explique Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs (1952), les individus racisés sont fréquemment réduits à leur corps et à leurs caractéristiques supposées « naturelles ». Cette grille de lecture permet d’éclairer les discours médiatiques qui valorisent la puissance physique des joueur·euses africain·es tout en attribuant l’intelligence tactique aux joueur·euses européen·nes. Cette racialisation persistante des joueur·euses non-blanc·hes participe à amplifier ces rapports de domination et alimente le racisme et la xénophobie. 


Le 4 juillet 2026, après le huitième de finale de Coupe du monde entre la France et le Paraguay, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla a tenu des propos racistes et déshumanisants envers Kylian Mbappé sur le réseau social préféré de l’extrême droite, X. 


Bien qu’éloigné·es des tribunes, certain·es responsables politiques restent de connivence avec les supporter·rices les plus tendancieux·ses en banalisant le racisme et/ou en le défendant. 


Galvanisées par la montée des discours d’extrême droite, les offensives racistes gangrènent de façon tentaculaire l’espace public en dehors des tribunes. Désormais, le harcèlement se poursuit sur les plateformes numériques. Une récente étude de l’Observatoire espagnol du racisme et de la xénophobie (2026) démontre que Lamine Yamal a été le joueur ayant reçu le plus de messages haineux sur les réseaux pendant le Mondial. En juin, ce n’était pas moins de 40 000 contenus racistes et xénophobes qui ont été diffusés sur les réseaux sociaux.  

Le streamer afro-américain IShowSpeed, qui compte 140 millions d’abonné·es et l’une des personnalités les plus influentes du web, a également été victime d’attaques racistes dans les tribunes de la part de supporter·rices argentin·es. L’affaire, largement relayée en ligne, a conduit la FIFA à ouvrir une enquête, illustrant la visibilité mondiale que peuvent désormais prendre ces actes de discrimination. 


Les insultes visant des figures mondialement médiatisées comme Mbappé, Yamal ou IShowSpeed montrent que la notoriété sociale ne constitue pas une protection contre le racisme. 


Au contraire, ces affaires révèlent un phénomène structurel dont les cas les plus médiatisés ne représentent probablement qu’une fraction des discriminations vécues par des personnes racisées moins visibles dans l’espace public. 


Si la réponse institutionnelle de la FIFA est de mettre en place une campagne « No Racism », les ONG demandent plus de transparence et de redevabilité et interrogent l’efficacité réelle des politiques antiracistes de la fédération internationale face à la répétition de ces incidents. 


Des frontières sélectives 

Si la Coupe du monde se targue d’être un événement universel, les conditions d’accès à cette compétition restent profondément inégales. Selon leur nationalité ou leur statut migratoire, les supporter·rices, journaliste·s ou officiel·les ne bénéficient pas des mêmes possibilités de circulation. C’est ce qu’on appelle communément, en sociologie des migrations, la mobilité différenciée. 


Ces difficultés rencontrées par certain·es arbitres, supporter·rices, voire même joueur·euses, pour obtenir un visa révèlent que les frontières continuent de produire une hiérarchie des mobilités, mais surtout que les visas sont un reliquat d’un passé colonial, pas si éloigné. 


À titre d’exemple, les contrôles aux frontières visant certain·es ressortissant·es de certains pays africains sont souvent plus restrictifs que ceux visant les ressortissant·es de pays bénéficiant d’accords de circulation simplifiés. 


Le cas d’Omar Abdulkadir Artan est emblématique. Élu meilleur arbitre africain en 2025 par la Confédération africaine de football (CAF), il a été désigné par la FIFA pour officier la Coupe du monde 2026, premier arbitre somalien de l’histoire du Mondial. Il fut tout de même refoulé à la frontière étasunienne malgré un visa valide. Son statut sportif ne suffit donc pas à neutraliser les rapports de pouvoir liés à son origine nationale. Cet exemple a démontré que le gouvernement américain ne comptait pas faire d’exception à sa politique ultra-restrictive en matière d’immigration et de circulation des personnes, notamment venues d'Afrique. La faiblesse de la Fifa face à cette situation inédite a illustré sa soumission au roi MAGA et la véritable teneur de ses engagements antiracistes. 


Si certain·es officiel·les du football circulent comme des athlètes internationaux, iels n’en restent pas moins associé·es à des catégories nationales et migratoires qui peuvent influencer la manière dont iels sont perçu·es et contrôlé·es. Les 211 membres de la FIFA participent à la même compétition. Toutefois, leurs ressortissant·es ne disposent pas du même droit de circuler pour y accéder. Les politiques migratoires continuent de creuser les inégalités entre les pays du Sud et du Nord, véritable ricochet de la hiérarchisation des mobilités et des contrôles aux frontières. 


La Coupe du monde de Trump aura finalement eu le mérite d’afficher ces inégalités en 4K. Elle n’aura pas seulement mis en avant les prouesses sportives. Elle aura aussi rendu visibles les frontières, les hiérarchies et les discriminations qui traversent encore le football mondial.


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