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Quel contre-modèle du foot populaire ? Tribune ouverte à Dialectik football

Après une Coupe du monde qui a montré le visage d’une FIFA soumise aux lois du marché et la toute-puissance de Donald Trump, il faut rappeler qu’il existe déjà de nombreux contre-modèles dans le football. 


BLS 31 : « Sous les crampons la rage ». 
BLS 31 : « Sous les crampons la rage ». Illustration : © BLS31

Le site Dialectik Football (dialectik-football.info) est l’invité de Sport et Plein Air ce mois-ci. Yann Dey-Helle, un de ses animateurs, avait expliqué en 2025 la démarche de ce média : « Inutile de chercher une définition figée du “football populaire”, elle se construit pas à pas, riche d’une multitude d’expériences alternatives au football moderne. Entre résistance et transformation sociale, s’entrevoit la possibilité d’un autre football, libéré de l’argent, de la marchandise, de l’individualisme et de la propriété privée. Talkin’ about a revolution. » 


À travers deux extraits de leurs articles en ligne (et en libre accès), consacrés, en Italie et en France, aux modalités de construction et d’organisation du foot populaire, notamment dans le cadre compétitif, il se dessine un tableau à la fois rassurant mais exigeant d’un sport, terrain ou terreau de résistance. 



La belle saison 2025/26 des équipes de calcio popolare  

Une vingtaine d’équipes gérées collectivement par leurs membres et supporters évoluent dans les divisions amateures italiennes avec l’intention d’y confronter leur modèle et de le porter le plus loin possible. Ces équipes, dont certaines ont plus de dix ans, ont connu des fortunes diverses cette saison. Mais le ressenti général est celui d’une crédibilité footballistique renforcée et d’une montée en puissance. 


La performance de cette saison est à mettre au crédit de l’Ideale Bari. Le club des Pouilles accède au championnat de Promozione, soit le 6e échelon du football italien. Une montée acquise à Bisceglie face à Triggiano Calcio, grâce au but d’Alessandro Bovio à la 88e minute pour le plus grand bonheur des ultras présents en nombre. Cette issue positive ne doit rien au hasard et tout au travail réalisé pour structurer le club. « Depuis une quinzaine d’années maintenant nous sommes ancrés dans notre ville et notre territoire pour y promouvoir un modèle de football différent, depuis la base, sans patron et reposant sur la participation sociale des tifosi », s’est félicité le club sur ses canaux d’information. 


Deux divisions plus bas, la montée du Hic Sunt Leones est aussi à saluer. Créé en 2011 à l’occasion des Mondiali Antirazzisti par des activistes du centre social TPO de Bologne, le club a obtenu son ticket pour la Seconda Categoria à la faveur d’une impressionnante série de play-offs, remportant ses trois matchs décisifs. La saison du St. Ambroeus FC, et ses ultras de l’Armata Pirata 161, a connu un épilogue similaire. L’équipe milanaise jouera également en Seconda la saison prochaine, après avoir successivement battu Nuova Bolgiano (4-0) et Enotria 1908 (1-0) en play-offs. « Ce n’est pas seulement un succès sportif, mais le succès d’une communauté entière », a déclaré Federico Gavazzi, responsable de l’équipe des juniors, au Corriere della Sera. St. Ambroeus était déjà parvenu à monter en 2022, mais était redescendu dès la saison suivante. 


Dal Pozzo, Trebesto et le Spartak Apuane ont pris rendez-vous 

D’autres clubs ont participé aux play-offs d’accession, malheureusement sans rencontrer la même réussite. Ce n’est que partie remise pour le Calcio Popolare Trebesto qui restera une saison supplémentaire en Terza Categoria, tout en bas de l’échelle fédérale. Ce club « né de rien et né sans rien » il y a huit ans, a vu son rêve de montée s’envoler. « On ne peut pas le cacher, cette défaite fait incroyablement mal. Mais c’est une leçon et nous rappelle d’où nous venons : du calcio popolare. Ce football des oubliés, des provinces, de celles et ceux qui rêvent de changer le monde », a écrit le club sur ses réseaux après la cruelle défaite face à l’Atlético Peñarol, une équipe de Barga. Au même échelon, le Spartak Apuane peut aussi nourrir de gros regrets après avoir terminé à la 2e place, meilleure attaque de la saison régulière, avec 100 buts et seulement deux défaites, derrière l’USD Monti, invaincue. 


Pour la Frazione Calcistica Dal Pozzo, l’échec en finale de play-offs de Seconda face à Robur peut avoir un goût amer. Frustration aussi pour Spezia Calcio Popolare en Prima Categoria et pour l’US Città di Fasano, battue à domicile en 1/2 finale de playoff de Serie D contre la Paganese Calcio (1-2 après prolongations) qu’elle avait pourtant écrasé 6 buts à 0 une semaine plus tôt, lors de la dernière journée de championnat. Le club et ses supporters se consoleront avec une saison historique sur le plan statistique. Les Biancazzuri ont en effet battu leur record de points, de victoires et de buts marqués sur une saison en Serie D. De quoi faire de la montée en Serie C un objectif sérieux pour la saison prochaine. L’US Città di Fasano, même si son modèle de gestion s’est ouvert ces derniers temps à des entrepreneurs locaux, reste à ce jour le seul club issu de l’actionnariat populaire à évoluer à ce niveau. 


Pour beaucoup de ces clubs, pérenniser et consolider le projet est en soi une victoire saison après saison. Ainsi, Quarto 2012 rempilera en Eccellenza (D5), le CS Lebowski en Promozione, le Brutium Cosenza, le Partizan Bonola, Cava United, la Borgata Gordiani et la Stella Rossa Duemilasei en Prima Categoria. L’Atlético San Lorenzo, Liberi Nantes et la Resistente Genova se maintiennent en Seconda Categoria. Dans ce contingent de clubs, seuls deux ont été relégués : le Palermo Calcio Popolare de retour en Seconda et la Polisportiva San Precario en Terza Categoria. Mais comme l’écrit le média Sport Popolare : « ce n’est pas tant la destination finale qui compte, mais le chemin parcouru ainsi que les compagnons et compagnes de voyage rencontrés durant cette aventure. C’est ce qui motive le plus pour repartir à l’assaut du championnat la saison prochaine. »


Football populaire : ces équipes alternatives qui repensent le rapport à la compétition 

À divers endroits de l’Hexagone, des projets mêlant éducation populaire et engagement militant tentent de repenser la pratique du football. Leur recherche d’une inclusivité maximale et leurs velléités de transformation sociale les amènent à questionner l’approche compétitive, et à proposer des alternatives. On peut aimer le ballon rond et vouloir prendre le contre-pied de sa version mainstream. 


(…) Créé par des syndicalistes-révolutionnaires de la CGT, le BLS 31 – dont le maillot aux couleurs de l’Espagne républicaine – est à sa place au sein de cette fédération née dans les années 30, dans le giron du mouvement ouvrier antifasciste. Sur les calicots des supporters du BLS 31 : « Gagner ou perdre mais toujours en démocratie » (mot d’ordre de la Démocratie Corinthiane) et « On a joué comme jamais, on a perdu comme toujours » (référence à une déclaration d’Alfredo Di Stéfano). 


Martinez, qui occupe la fonction de président du club depuis deux ans, est conscient que la plupart des équipes « ne viennent pas pour l’image un peu alternative de la FSGT, mais plutôt pour le côté moins engageant. » Si l’auto-arbitrage participe à garantir un bon état d’esprit, tous les comportements induits par la compétition ne disparaissent pas pour autant. « Nous on pose un cadre bienveillant, mais on ne maîtrise pas toujours les réactions des autres équipes. Ça reste un sport avec beaucoup de chemin à accomplir, notamment dans son rapport à la virilité. Plus on descend dans les poules, plus on va retrouver une mentalité de foot loisir avec des gens qui ont juste envie de taper la balle. Dans les poules avec un meilleur niveau, les équipes mettent plus d’enjeu dans les matchs. » 


La « mentalité BLS » est aussi portée par ses supporters qui animent les matchs avec des tifos, des banderoles, des animations. « Cette ambiance participe à casser le rapport à la compétition. On encourage l’autre équipe, ça change l’atmosphère sur le terrain. Ça permet de rentrer un peu plus dans le projet réel de la FSGT, de créer des liens avec les autres équipes et alimenter une autre forme de foot que sa version uniquement compétitive », poursuit Martinez. 


Dans ces séances d’entraînements, la volonté de mixité ne remplit pas toujours les attentes, et une sur-représentation masculine est encore constatée. En parallèle, le BLS a œuvré à la création d’une poule en mixité obligatoire au sein de la FSGT. « Pour le coup, cette poule en mixité, c’est le foot le moins compétitif de la FSGT. Évidemment, il y a des filles qui ont déjà fait du foot avant et qui ont un parcours qui ressemble grosso modo à celui qu’on a pu connaître, avec une détestation de la FFF. Mais il y a aussi des meufs qui ont toujours voulu jouer au foot sans jamais avoir franchi le pas jusque-là. Et puis il y a des personnes trans qui n’ont nulle part où jouer. Nous les garçons, on est beaucoup à se dire que c’est le summum de ce qu’on veut faire : il n’y a pas de prise de tête, pas de jeu de virilité. Ça nous sort vraiment de ce qu’on connaît habituellement. Ça nous fait vraiment du bien parce qu’il y a plus de passes, moins de dribbles, plus d’encouragements. Ça change complètement le rapport. » 


Au-delà de la pratique du football mixte, le BLS 31 mène un gros travail de terrain et soutient les joueur·ses de sa section foot qui sont en attente de solutions concrètes pour la création d'un championnat Flinta (femme, lesbienne, intersexe, non binaire, transgenre, agenre) pour l'année 2026-2027 en Haute-Garonne à l'image de ce qui se fait à Paris, Lyon, Marseille, etc.  

Le club conclut : « Face au constat de difficultés d'accès à des terrains voire d'absence totale de championnat, il est plus que temps de créer des espaces pour les minorités et de visibiliser des pratiques, des vécus, des corps silenciés et discriminés au quotidien. Cette demande s'inscrit aussi dans la dynamique de plusieurs initiatives partout en France depuis quelques années sur l'organisation de tournois/rencontres en autogestion. Sans espace : pas de pratique ! Sans pratique : pas de solidarité ni de visibilité ! Pour du foot sans sexisme ni transphobie !  Le terrain est à nous, le foot est à nous. Nos luttes au fond des cages, sous les crampons la rage. » 

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