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« Le football africain a toujours été politique »

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

À l'occasion du début de la CAN, le journaliste Saïd El Abadi, auteur de L'histoire du football africain, nous apporte son éclairage à ce sujet.

 Alamy/Faces Cachées
 Alamy/Faces Cachées

 

Pourquoi avoir écrit L'histoire du football africain (Éditions Faces Cachées) ? 

Saïd El Abadi : Je suis passionné par le ballon rond depuis mon enfance. J’ai grandi dans une famille franco-marocaine très attentive au sport africain. Le déclic s’est produit en 2019, avec la victoire de l’Algérie en finale de la CAN (Coupe d'Afrique des nations) contre l’Égypte. J’ai réalisé que beaucoup de gens, y compris parmi les amoureux de ce sport, ne connaissaient pas l’histoire du football africain. Mon objectif avec ce livre est de permettre à chacun·e de découvrir son passé, ses grands moments, son actualité et son futur. 


Justement, pouvez-vous nous présenter la CAN et ce qu’elle représente aujourd’hui ? 

Saïd El Abadi : Le football africain a toujours été politique. Introduit par les colons européens et longtemps interdit aux populations locales, il est devenu un symbole de conquête et d’émancipation. Dans les années 1950-1960, le football a accompagné le mouvement panafricain et la décolonisation. La création de la CAF (Confédération africaine de football) permettait aux pays d’obtenir une reconnaissance sportive et diplomatique. Organisée tous les deux ans par la CAF, la CAN est désormais la troisième compétition la plus regardée après la Coupe du monde et l’Euro. Sur le plan sportif, certaines équipes africaines rivalisent désormais avec les grandes nations européennes ou sud-américaines en Coupe du monde, comme l’Algérie en 2014, le Ghana en 2010 ou le Maroc, qui accéda aux demi-finales en 2022 au Qatar.


Il existe en France une CAN des quartiers, qui souligne le lien entre notre pays et le foot africain, à l’instar des nombreux joueurs binationaux… 

Saïd El Abadi : L’histoire des joueurs binationaux remonte aux années 1930, avec Raoul Diagne, d’origine sénégalaise et premier joueur noir en bleu, ou encore le marocain Larbi Ben Barek, dit « la perle noire ». Les sélections africaines ont ensuite, en retour, souvent cherché à recruter des joueurs issus de l’immigration en Europe, notamment en France, où la formation est plus structurée. Elles ont longtemps essuyé des refus. Aujourd’hui, le succès de certaines équipes comme le Sénégal ou le Maroc, ainsi que l’encombrement aux portes de Clairefontaine, attirent ces talents vers le pays de leurs parents ou de leurs grand-parents. La CAN des quartiers, quant à elle, illustre le football populaire et amateur en France, offrant un moment de fête et de convivialité où se vit dans la joie et de manière apaisée la double appartenance. Il arrive souvent que des personnes évoluent par amitié sous des maillots qui n’ont rien à voir avec leurs origines. 


Pour terminer, un petit éclairage sur le rôle des supporters ? 

Saïd El Abadi : Si les footballeurs africains restent prudents sur le plan politique, les supporters, eux, expriment souvent les frustrations populaires. Les stades au Maroc sont notamment le pouls de la société. Les groupes ultras jouent un rôle social important, pouvant critiquer les gouvernements et soutenir des causes sociales, en relayant par exemple les revendications de la Gen Z qui est récemment descendue dans la rue. Les supporters du Raja de Casablanca ont traduit sur les réseaux sociaux leurs chants, dont celui critiquant le silence des régimes arabes face au drame de Gaza, en vingt langues différentes, afin d’être compris par tout un chacun. Les gradins restent un thermomètre de la colère et des revendications populaires. Déjà en 2011, nous avions pu observer l’union des supporters d’Al-Ahly et de Zamalek, pourtant rivaux, lors de l’occupation de la place Tahrir au Caire. 

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