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Nicolas Bertrand « L'apnée, c'est la liberté, la légèreté, la glisse »

il y a 4 heures
4 min de lecture

Après quatre mois en réanimation et une longue période de rééducation, Nicolas Bertrand, licencié au club ASGB Bagnolet (93) a progressivement retrouvé le chemin de l'eau.


Après quatre mois en réanimation et une longue période de rééducation, Nicolas Bertrand, licencié au club ASGB Bagnolet (93) a progressivement retrouvé le chemin de l'eau.
Illustration : © Leo Kekemenis

Aujourd'hui, l'apnée, la danse, la voile et le vélo rythment sa reconstruction. Fin novembre, Nicolas Bertrand participera à ses premiers championnats du monde d'apnée en Italie. Un nouveau défi, mais surtout une façon de renouer avec le mouvement et la liberté de pratiquer. Il témoigne dans Sport et plein air.


Tout a commencé pour vous lors d'une sortie en voilier aux Grenadines. Que s'est-il passé ?


Avec ma compagne et des amis, nous étions en croisière en catamaran. Un soir, en marchant seul sur le pont, mon quadriceps gauche m'a lâché et je suis tombé. À partir de là, tout est allé très vite. Un à un, mes nerfs se sont déconnectés. Un médecin a tout de suite posé le bon diagnostic : syndrome de Guillain Barré, sévère. Je suis resté quatre mois en réanimation, puis j'ai fait un an d'hospitalisation complète en rééducation et un an d'hôpital de jour. Dès le départ, ma compagne, Pauline, m'a dit que c'était une maladie dont on pouvait revenir. Je m'y suis accroché, et ça m'a aidé à tenir.


Pendant la réanimation, vous rêviez que vous étiez sous l'eau.


Je pensais que c'était la réalité. Beaucoup de mes rêves se passaient dans la mer. Dans l'un d'eux, je refusais de mourir et je m'enfuyais. Je retrouvais mes amis apnéistes et, les uns derrière les autres, nous ouvrions la route de l'océan.  À chaque fois que je m'endormais, ou quand j'étais dans le coma, je faisais des rêves où j'étais en action.


Vous êtes retourné dans l'eau alors que vous étiez encore très diminué. 


Quatre membres du club m'ont porté pour me descendre dans le bassin. Je me souviens avoir pris une photo sous l'eau. Pour moi, c'était comme si un de mes rêves se réalisait. Je me suis rendu compte que j'allais retrouver mes capacités aquatiques. Ce n'étaient que quelques mètres sous l'eau, avec Pauline et ma fille Ama, mais c'était la confirmation que tout allait recommencer.


Qu'est-ce que l'apnée vous apporte aujourd'hui ?


Parfois, je me dis : tu étais dans ton lit d'hôpital, sans bouger, pendant un an et demi. Alors, à chaque fois, dans l'eau, je repense à ça. L'apnée, c'est un peu comme la danse : c'est la troisième dimension, la liberté, la légèreté, la glisse. C'est la sensation de réaliser quelque chose qui n'est pas évident et dans lequel on se sent pourtant très à l'aise. C'est un espace d'épanouissement.


Vous avez d'ailleurs aussi retrouvé la danse et découvert le clown. 


Au centre de rééducation, la psychomotricienne m'a demandé ce que je voulais essayer. J'ai répondu : de la danse. Aujourd'hui, je prépare un spectacle, dont la première est prévue en mai 2027 au théâtre de l'échangeur à Bagnolet. Ça s'appelle « Le cri du silence » de la compagnie Odela, au théâtre de l'échangeur, du 18 au 22 mai 2017. Je retrouve aussi cette expression corporelle et cette créativité dans le clown, puisque j'entame ma troisième année de cours au Samovar, l'école nationale du clown, à Bagnolet.


Du 25 au 30 novembre 2026, vous participerez à vos premiers championnats du monde para-apnée, à Lignano en Italie. Comment abordez-vous cette échéance ?


C'est une chance et une récompense, après tous les efforts et ce travail obstiné de rééducation. Mais c'est aussi une énorme surprise. Je n'avais jamais fait de compétition : j'étais apnéiste de loisir. J'ai commencé par une épreuve inclusive, puis les championnats de France, avant qu'on me propose les championnats du monde. Je le prends comme une expérience personnelle et collective, dans le partage avec les autres athlètes. Mon seul adversaire, c'est moi-même, tel que je suis aujourd'hui. J'essaierai d'être le meilleur possible le jour J et de progresser.  Une retransmission en direct sera sur la chaîne YouTube de la CMAS.


Quels sont vos objectifs désormais ?


D'abord, retrouver au maximum mes capacités physiques. J'ai une compagne et une fille de quatre ans et demi, et j'ai envie d'être en forme pour elles. Je veux avancer en prenant du plaisir, à travers des activités qui sont des passions : l'apnée, la voile, le vélo, la danse. Il faudra faire des choix et ménager des temps de récupération, de plaisir et de vie de famille.


Qu'aimeriez-vous que les gens comprennent du handicap ?


Derrière le fauteuil, il y a plein de choses. Les personnes en situation de handicap sont des personnes comme les autres, avec des passions, des envies, une espérience à raconter. Soyez curieux, allez discuter avec elles. Ma maladie m'a aussi appris que le bonheur est fait de petites choses simples, qu'on construit au jour le jour : aller dans l'eau, faire du vélo, être avec ses enfants, ses proches et ses amis. L'essentiel, c'est le contact avec les autres et le partage.


Pour découvrir le parcours de Nicolas et son entraînement d’apnée avec le club ASGB, découvrez notre reportage vidéo.



 
 
 

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