« Notre rêve est que le showdown arrive jusqu’aux jeux olympiques »
En collaboration avec l’AS Bondy et l’association Sport Lab, la FSGT organise, du 29 octobre au 1er novembre 2026, le Tournoi du Chêne dédié au showdown, une pratique partagée semblable au tennis de table. En mélangeant les genres et les publics voyants et non-voyants, ce tournoi amical incarne une certaine définition du sport inclusif.

Si l’on vous parle d’un sport où deux adversaires s’affrontent de chaque côté d’une table avec une raquette à la main, vous pensez sûrement au tennis de table. Eh bien non ! Il s’agit du showdown, un sport pratiqué en majorité par un public malvoyant ou non voyant. « C’est en quelque sorte un compromis entre le tennis de table et le jeu du palet », explique Madjid Guitoune, président-fondateur et coordinateur de la section Showdown de l'AS Bondy (93). Avant d’arriver en Seine-Saint-Denis, le showdown a été créé au Canada dans les années 1970. S’il ressemble tant au ping pong, c’est parce qu’il a été inventé par Joe Lewis, un ancien champion de cette activité qui avait perdu la vue. La table de showdown a la particularité d’être séparée en deux par une plaque de Plexiglas qui laisse juste assez de place pour que la balle passe en dessous. Elle est par ailleurs équipée d’un large rebord afin qu'elle ne sorte pas trop facilement. Le showdown se jouant à l’oreille, les joueurs portent un masque occultant et la balle est remplie de billes en métal pour que l’ouïe puisse mieux suivre ses déplacements. La main tenant la raquette -qui n’est d’ailleurs pas ronde mais plutôt allongée- est équipée d’un gant pour se protéger des frottements de la table et des chocs de la balle.
Les pratiques partagées, une certaine idée du sport inclusif
Inscrit dans la liste des disciplines sportives de la Fédération Française Handisport (FFH), le showdown y rassemblerait environ 350 participant·es en France. Depuis le mois de septembre 2026, cette discipline fait également partie des pratiques partagées de la FSGT. « Pratiques partagées », c’est le terme officiel utilisé par la fédération pour désigner les activités sportives accessibles aux personnes en situation de handicap, en inclusion avec tous les autres pratiquant·es. « À la différence de “handisport” ou “adapté”, le mot “partagé” insiste sur l’idée que nos pratiques sont vraiment ouvertes à tout le monde et que toutes les personnes, qu’elles soient en situation de handicap ou non, sont invitées à pratiquer ensemble », explique Violaine Litzler, co-coordinatrice de l'Espace fédéral thématique des pratiques partagées handi-valides.
C’est animée par cette politique inclusive dans le sport que la FSGT organise pour la première fois, cette année, le Tournoi du Chêne. Accueilli au centre sportif du Prisme, à Bobigny, il rassemble 20 clubs, soit 36 participant·es dont 14 femmes. Quatre sont voyant·es et certain·es arbitres sont non voyant·es. En plus des six tables de showdown présentes pour la compétition, une table de démonstration sera également mise à disposition pour le public et les curieux·euses qui souhaiteraient découvrir la pratique. Une sensibilisation au vélo en tandem, avec un·e pilote pour les non ou mal voyant·es est également au programme. Des flyers de présentation de la FSGT écrits en braille seront en outre distribués à cette occasion.
Le Tournoi du Chêne - Showdown
Si le Tournoi du Chêne constitue une nouveauté dans le calendrier sportif de la FSGT, en revanche le tournoi vit sa seconde édition. La première s’était tenue en 2025, à Bondy (le chêne est l'emblème de la ville) à l’initiative de Madjid Guitoune, de l’AS Bondy, et de Hayat Chahib, présidente de Sport Lab, une association dédiée à la pratique du showdown située dans le 15e arrondissement de Paris. « Nous voulions organiser un tournoi amical qui déroge aux règles de la FFH et qui soit donc pratiqué en totale mixité, pas seulement de genre », explique Hayat Chahib. « Le showdown crée une passerelle entre le monde du voyant et du non voyant où le masque impose l’équité. In fine, nous voudrions même que le showdown ne soit plus considéré comme un sport pour aveugle mais comme un sport tout court, pour toutes et tous. »
Cette approche commune du sport inclusif a donc logiquement mené l’AS Bondy et Sport Lab à venir toquer à la porte de la FSGT pour faire grandir leur passion. Toutefois leur ambition ne s’arrête pas là. « Nous voulons extraire cette pratique du cloisonnement du handicap visuel et sortir de nos clubs pour lui donner plus de visibilité nationale », explique Hayat Chahib. « L’objectif est de développer le showdown au niveau national et international pour qu'on puisse organiser des tournois comme celui du Chêne avec davantage de licencié·es FSGT. Notre rêve, c’est même les jeux olympiques, pas les paralympiques. » Un vaste projet que ne peut que correspondre aux perspectives du sport populaire. « Est-ce que la définition de l’inclusion c’est un sport dédié aux personnes en situation de handicap ou c’est de pratiquer tous·tes ensemble ? », insiste Madjid Guitoune. « Nous désirons vivre la même chose que dans le basket fauteuil : pratiquer avec les valides. »
Une pratique inclusive qui fait débat
Cette définition du sport inclusif représente un point décisif pour certain·es participant·es comme Stéphanie, 54 ans. Cette habitante non voyante de Mulhouse joue au showdown depuis un an. Elle affirme ne pratiquer qu’en mixité. « Il faut mélanger les publics car il n’y a qu’en pratiquant avec les valides que l’on peut leur prouver que c’est possible », insiste-t-elle. « La société n’est pas faite pour être compartimentée mais pour que l’on soit ensemble. » Pour d’autres, si cette vision paraît séduisante, l’engouement est plus nuancé. « L’idée est chouette mais elle me semble un peu utopique », déclare Christelle, Montpelliéraine de 51 ans et joueuse de showdown depuis 2019. « Certes, j’aime que le Tournoi du Chêne mélange les publics car cela immerge les voyants dans notre milieu, notre handicap, mais c’est un tournoi amical et je n’aimerais pas que cela s’applique au championnat national. » Le souci d’équité la préoccupe en particulier. « Même si les voyants sont masqués, le fait qu’ils puissent visualiser la table en amont et s’entraîner avec la vision leur procure un avantage », lui semble-t-elle.
La preuve, l’année dernière, c’est un voyant qui a remporté le Tournoi du Chêne. « Au niveau national, si le showdown n’est plus considéré comme une pratique handi, j’ai peur que les personnes en situation de handicap n’y trouvent plus leur place en compétition et disparaissent des podiums. C’est important pour nous de pouvoir gagner car cela renforce l’estime personnelle et la confiance en soi. » C’est pour la même raison qu’elle a autant apprécié que le Tournoi du Chêne distingue un classement féminin du classement général l’année dernière, car « cela a garanti aux femmes de repartir avec une médaille ». Deuxième du classement féminin en 2025, elle remet son titre en jeu cette année.




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