Pratiques partagées handivalides : un projet au cœur du sport populaire !
Les pratiques partagées participent à la spécificité de la FSGT au sein du paysage sportif français. Elles incarnent au quotidien la volonté de construire un projet associatif capable d’inclure toutes et tous, en tenant compte des singularités de chacun·e, au sein d’un même projet.

La France accuse encore un réel retard dans la prise en compte du handicap. « Une loi qui n’est pas appliquée ne sert à rien », constatait amèrement Michaël Jeremiasz, champion paralympique de tennis-fauteuil, sur France Inter, en février 2025, à l’occasion des vingt ans de la loi handicap de 2005. Le 28 juillet 2025, il revenait sur les effets des Jeux paralympiques de Paris 2024 : « Il n’y a pas eu de suite dans l’accès au sport. Nous avons suscité des espoirs, mais les mêmes obstacles demeurent. »
De fait, malgré les progrès législatifs et la visibilité apportée par les Jeux olympiques et paralympiques (JOP), l’inclusion sportive des personnes en situation de handicap demeure inachevée. L’écart entre l’intérêt pour la pratique sportive et la pratique réelle montre que l’accessibilité et l’égalité des chances ne sont pas encore pleinement garanties. Violaine Litzer, coordinatrice de l’espace fédéral thématique (EFT) de la FSGT consacré aux pratiques partagées handivalides, dresse le même constat : « Il est clair que l’accessibilité demeure le principal frein à l’accès au lieu de pratique. C’est totalement inégalitaire selon les territoires, les transports, les installations. Tout le monde ne peut pas prendre des transports adaptés. »
Le choix des pratiques partagées handivalides
Dès sa création en 1934, la FSGT s’est donnée pour ambition de faire du sport un droit pour toutes et tous. Pour répondre à cet enjeu essentiel, elle a notamment choisi de privilégier les pratiques partagées, destinées aux personnes en situation de handicap. « La pratique partagée est importante », explique Thomas Valle, coprésident de la FSGT, « parce qu’elle constitue l’une des multiples voies d’accès au sport pour toutes et tous. Certaines personnes rencontrent de réelles difficultés pour accéder à une activité sportive. Notre objectif est de développer un projet politique qui permette d’aller vers les personnes les plus éloignées de la pratique, notamment celles en situation de handicap. À la différence des pratiques séparées, comme peuvent l’être certaines compétitions paralympiques, la pratique partagée vise à créer les conditions permettant au plus grand nombre de pratiquer ensemble. »
La FSGT souhaite ainsi contribuer à changer le regard porté sur les personnes en situation de handicap (PSH) et favoriser l’ouverture de chaque association à ce public. Elle encourage les pratiques sportives partagées sur des lieux et des créneaux communs, sans a priori quant au type de handicap - mental, psychique, physique ou sensoriel, ou encore au polyhandicap -, lorsque les conditions de pratique le permettent et que cette orientation correspond aux besoins et aux envies des personnes concernées. L’inclusion en milieu ordinaire peut notamment être préconisée par l’équipe médico-sociale qui les accompagne.
Les formes que prennent ces pratiques sont diverses : des équipes de football composées de personnes sourdes, l’intégration d’enfants neurodivergents dans des cours de judo, le développement du handisub ou encore des collaborations avec des instituts spécialisés, comme les instituts médico-éducatifs, tels les IME.
L’espace fédéral des pratiques partagées a pour objectif d’accompagner les associations dans le développement de ces initiatives. Sa mission consiste à créer les conditions favorables à l’accueil des personnes en situation de handicap au sein des associations FSGT, dites « valides », en garantissant un accueil de qualité et le respect de l’intégrité physique et mentale de chacune et chacun. Le premier annuaire des clubs déclarant accueillir des personnes en situation de handicap, lancé en décembre 2020, recensait une centaine d’associations. Aujourd’hui, leur nombre atteint environ 400, même si certaines structures ne sont pas encore répertoriées.
« La particularité de la FSGT », précise Violaine Litzer, « tient à la volonté d’ouvrir toutes nos activités aux personnes en situation de handicap. Contrairement à d’autres associations, nous ne cherchons pas forcément à créer des sections spécialisées, mais à rendre nos pratiques actuelles aussi inclusives que possible. » Pour y parvenir, la FSGT dispose d’un atout majeur : sa capacité d’adaptation. « Nous ne voulons jamais refuser qui que ce soit. Nous avons la chance de disposer, dans l’ADN de la FSGT, d’une tradition d’innovation dans les pratiques, de savoir adapter les règles et de nous montrer réactifs aux besoins des pratiquantes et des pratiquants. »
Accompagner les associations et développer les initiatives
Pour soutenir cette dynamique, l’EFT a défini plusieurs axes de travail. Il s’agit d’abord d’organiser, chaque année, à l’échelle fédérale, des temps d’échange d’expériences, sous la forme de séminaires ou de rencontres entre associations. L’objectif est également de structurer un réseau, de recenser les associations engagées dans le projet, de centraliser les expériences et de mettre à disposition une boîte à outils en ligne. En s’appuyant sur ses comités départementaux, la FSGT souhaite aussi organiser des événements locaux consacrés aux pratiques partagées, à l’image du festival annuel des pratiques partagées de Seine-Saint-Denis ou de celui organisé en Savoie.
Un autre axe consiste à mener une réflexion sur les contenus pédagogiques et à élaborer des référentiels spécifiques aux pratiques partagées, dans la continuité, par exemple, du deuxième tome de l’ouvrage Des jeux, des enfants, des sports. Enfin, la FSGT participe aux instances institutionnelles, notamment aux travaux du Comité paralympique et sportif français (CPSF).
Le développement de ces pratiques repose aussi sur la formation. La FSGT a ainsi mis en place une formation destinée aux animatrices et animateurs en pratiques partagées handi-valides. Des rendez-vous en visioconférence permettent d’aborder des situations concrètes et des questions pédagogiques, notamment la construction de séances adaptées. Les dates annoncées sont les mardis 8 décembre 2026, 5 janvier 2027 et 26 janvier 2027, de 18h30 à 20h30. Une session en présentiel est également prévue à Chambéry, du 5 au 7 février 2027.
Au-delà de ces actions, l’enjeu est de faire circuler les expériences, de donner aux associations les moyens de se lancer et de permettre à chacune de s’appuyer sur les initiatives déjà menées ailleurs. Les rencontres entre structures contribuent ainsi à partager les savoir-faire, à identifier les obstacles rencontrés et à imaginer collectivement des réponses adaptées aux besoins des pratiquantes et des pratiquants.
Un projet au service du sport populaire
Comme le souligne Thomas Valle, en guise de conclusion provisoire, les avantages de la pratique partagée sont nombreux : « Tout le monde gagne à pratiquer ensemble. C’est notamment une occasion unique de mieux connaître la question du handicap et d’en ressortir plus riche. Cela permet aussi aux personnes en situation de handicap de pratiquer plus près de chez elles, de se sentir mieux intégrées et reconnues. Les pratiques partagées s’inscrivent pleinement dans le projet du sport populaire et dans la lutte contre toutes les formes de discrimination. »




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