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Violences l Faire du corps un outil thérapeutique…

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

C’est désormais de notoriété publique : le sport est très utile pour renforcer son métabolisme et pour prévenir certaines maladies. En outre, ses bienfaits sur la santé psychologique sont de plus en plus connus. Mais une activité physique et sportive peut-elle être un outil de résilience pour les personnes qui ont été victimes de violences sexuelles et/ou physiques ? Oui, explique l'association Fight for dignity qui se sert notamment du karaté pour leur permettre de surmonter les troubles post-traumatiques intrinsèques à ce type d’abus…

© Paul Burckel

Dans un des chapitres * de l’ouvrage Pratique de la psychothérapie EMDR (publié en 2019 par les éditions Dunod et sous la direction de Cyril Tarquinio), la docteure Muriel Salmona, psychiatre, psychothérapeute et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, indiquait que 80 % des victimes d’abus sexuels peuvent développer un état de stress post-traumatique chronique…


« La capacité de résilience est différente pour chacun, mais les personnes qui ont été victimes de violences ont un rapport très compliqué au corps parce qu’il a été associé à la souffrance et elles ne veulent plus avoir de sensations », analyse Laurence Fischer, triple championne du monde de karaté et présidente-fondatrice de l’association Fight for dignity.

« Il y a des syndromes post-traumatiques spécifiques. »

Au sein de son association, Laurence Fischer a développé une méthode s’appuyant sur la pratique du karaté afin de permettre aux personnes ayant été violentées de retrouver de l’estime de soi. « On cherche d’abord à comprendre les spécificités des traumas et des syndromes pour essayer de nous adapter au maximum », explique-t-elle. En effet, au-delà des violences corporelles et psychologiques, la victime peut également se voir dépossédée de sa sécurité, de son intimité et de sa confiance en soi. Une aliénation supplémentaire qui peut engendrer des troubles à long terme, mais que l’on peut combattre par une activité physique et sportive adaptée !


Il s’agit d’un moyen de s’imposer dans un environnement qui peut être anxiogène pour les personnes souffrant de troubles post-traumatiques et faire en sorte que ces dernières se sentent mieux dans leurs corps. Si l’on prend l’exemple du karaté à Fight for dignity, les pratiquant·es attestent d’ailleurs d’un regain de confiance et d’une réappropriation graduelle de leur corps. « J’ai eu des retours extrêmement positifs », assure Laurence Fischer.


Un nouveau parcours de soin

Fondé en 2017, Fight for dignity accompagne donc les personnes victimes de toutes les formes de violences pour les aider à reprendre confiance en elles via de la pratique d’un art martial adapté à leurs besoins. L’association a œuvré dans différents pays, comme la République démocratique du Congo ou l’Afghanistan, et son programme place le corps au centre du processus de résilience.


« L’impact que l’on a n’est pas dû qu’à la pratique du karaté », précise néanmoins Laurence Fischer.

« On évolue dans un contexte très spécifique ; dans le cadre d’un parcours de soin. »

Les personnes accueillies par Fight for dignity sont orientées par le personnel médical et « c’est un vrai travail d’équipe », ajoute l’ancienne championne.

« Mais si le bénéficiaire est accompagné par différents acteurs, la partie corporelle, c’est nous qui la traitons à travers le karaté. Et j’espère qu’on la traitera un jour avec d’autres disciplines. »

L’association milite pour la systématisation de cette approche dans les parcours de soins des troubles post-traumatiques liés aux violences. Un sport sur ordonnance qui permet ainsi une reconstruction à travers une thérapie corporelle… « Dans la prise de conscience, il faut arrêter de dissocier le corps et l’esprit, les deux sont intimement liés », soutient Laurence Fischer.

« À l'échelle de quelqu'un qui a connu un traumatisme psychologique, ça fait du bien. En particulier lorsqu’on adapte le corps en mouvement à la spécificité du traumatisme. »

Si le lien est perceptible, la méthode doit aussi être accessible pour toutes et tous. « Il faut que cela soit gratuit », estime la présidente de Fight for dignity.

« On demande juste aux victimes de venir de manière régulière, du moins dans la mesure du possible. »

Dans le Judo club rochefortais (Charente-Maritime), des cours de judo sont proposés aux personnes ayant subi des violences sexuelles depuis 2021. Et grâce aux subventions des collectivités locales et de l’État, ces cours (lors desquels un psychologue est présent) sont justement dispensés gratuitement !


La résilience pour tou·tes

En 2021, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 72 000 victimes de violences sexuelles en France. Si la majorité de ces victimes sont des femmes (86 %) qu’en est-il de l’accompagnement des autres genres ?


Les abus sexuels faits aux hommes ont la peau dure face au joug du tabou et à l’injonction de la virilité masculine. Pour les personnes transgenres, bien souvent victimes de discriminations, ces violences peuvent aussi être difficilement signalées. Dans ces deux cas, la libération de la parole est importante afin de permettre un accompagnement adapté à ce genre de traumatisme. Plusieurs victimes transgenres ont par ailleurs déjà participé aux séances organisées par Fight for dignity.


L’inclusion et l’accessibilité doivent également être prises en considération dans le cadre de ce type d’accompagnement. Car indépendamment du parcours de soin, la socialisation et les interactions de groupes sont des facteurs qui aident la personne ayant subi des violences sexuelles à se réhabiliter dans la société et à prévenir son ostracisme.


« Il y a un autre public qu'on nous signale ; ce sont les personnes en situation de handicap », note enfin Laurence Fischer. Une récente étude a en effet mis en exergue le taux alarmant de femmes autistes victimes d’abus sexistes et/ou sexuels. On y apprend que 90 % d’entre elles auraient déjà subi une agression sexuelle, une tentative de viol ou un viol ! Il est donc important d’alerter sur le manque de dispositifs de prévention, ainsi que d'accompagnements, des personnes en situation de handicap. Et d’assurer un accompagnement et un suivi pour toutes les personnes victimes de violences sexuelles…


* « Impact des violences sexuelles sur la santé des victimes : La mémoire traumatique à l’œuvre »


 

Des outils contre les violences

Si le sport peut être un moyen pour dépasser les traumatismes liés aux violences sexuelles, il n’est pas pour autant épargné par cette problématique… Ces dernières semaines, la Fédération française de football a, par exemple, fait face à des accusations d’agressions sexuelles en son sein et Bruno Martini, le président de la Ligue nationale de handball, vient d’être condamné pour « corruption de mineur ». Pour prévenir et pour accompagner les personnes victimes de violences sexuelles (mais aussi de harcèlement et de bizutage), le ministère des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques a mis en place des outils de sensibilisation à destination des sportifs et des sportives sur son site Internet (sports.gouv.fr). Depuis 2020, c’est plus de 600 signalements qui ont été enregistrés par la cellule ministérielle dédiée à ce thème ! Depuis l’accusation publique de l’ancienne patineuse Sarah Abitbol contre son entraîneur, la prise de parole est de plus en plus libérée dans le milieu sportif. Des outils de prévention doivent donc être mis en place et des ressources doivent servir à accompagner les victimes pour que la honte change de camp. Notez enfin que vous pouvez à tout moment signaler une violence en envoyant un message à l’adresse : signal-sports@sports.gouv.fr.

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