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Fanoos Basir l « Les sportives n’ont aucun avenir en Afghanistan »

Depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, l’Afghanistan est revenu 20 ans en arrière. Le pays est de nouveau transformé en une prison à ciel ouvert pour les femmes et tous les droits fragiles qu’elles avaient obtenus ont été abrogés, notamment l’accès à l’éducation et au sport. La journée internationale des droits des femmes allant avoir lieu le 8 mars, Sport et plein air a donc souhaité interroger Fanoos Basir, une ancienne membre de l’équipe nationale féminine de football afghane qui est, aujourd’hui, réfugiée en France… Dans cette interview, elle évoque son rapport au foot dans son pays, les conséquences du retour des talibans en Afghanistan et l’aide qu’elle attend du mouvement sportif.

© Fanoos Basir

Pouvez-vous nous dire ce que représentait le fait de pouvoir pratiquer le football en Afghanistan en tant que jeune femme ?

Fanoos Basir : J’ai commencé à taper dans un ballon très tôt, dès mes 6 ans, avec les filles et les garçons du camp de réfugiés dans lequel je grandissais au Pakistan. J’étais déjà passionnée par le football, une discipline à laquelle mon père s’adonnait également. Quand nous sommes enfin revenus dans notre patrie, à la fin de l’année 2009, j’ai intégré l’équipe nationale. La pratique d’une activité physique, quand je vivais encore en Afghanistan, comptait énormément pour moi. En effet, lorsque je me rendais à mon entraînement de foot et que mes pieds touchaient la pelouse, je me sentais finalement comme un oiseau, un être libre de voler partout. J’oubliais tout mon stress. Dans le pays, le sport constituait un pas important contre la société conservatrice, une société faite et dominée par les hommes. À mes yeux, le football n'était donc pas seulement une discipline sportive et je voulais me battre pour que les femmes puissent aussi en faire et prouver à la société afghane qu'elles sont les égales des hommes. Un message, mon message, que je voulais également transmettre au monde.


Quelles furent les conséquences, pour le sport féminin, de la chute de Kaboul et du retour au pouvoir des talibans en août 2021 ?

Fanoos Basir : Il faut d’abord préciser que, depuis l’instauration du gouvernement des talibans, les conséquences pour les femmes ne se limitent pas seulement à des considérations liées au sport. Car les talibans ont d’abord un problème général avec les femmes, pas seulement avec les pratiques sportives féminines. Ils ne leur accordent même pas le droit fondamental à l'éducation. Les femmes sont désormais piégées dans leurs maisons. Ce n'était évidemment pas une surprise pour moi parce qu'il s’agit des mêmes qui avaient commis les pires choses quand ils étaient les maîtres du pays entre 1996 et 2001. Ils viennent juste de mettre à jour leur version 2.0. Si des personnes ne supportent pas de voir des femmes dans les écoles ou même simplement travailler, que devrions-nous attendre d'elles à propos du sport féminin ? Quand les talibans ont réoccupé l'Afghanistan, je savais pertinemment que ce serait mon dernier jour d’indépendance.


Quelles formes de solidarité attendez-vous de la part du mouvement sportif ?

Fanoos Basir : J’espère deux types d’aide. Concernant le football, je pense que la Fifa [Fédération internationale de football association] devrait prendre une décision ferme si les talibans persistent dans leur politique discriminatoire envers les femmes dans les écoles, dans les universités et dans le sport. C’est-à-dire ne plus inviter les équipes masculines dans ses compétitions jusqu'à ce qu’ils changent d’orientation, au moins, dans un premier temps, au sujet de l’éducation et du travail, et arrêter d'envoyer des subventions financières au sport masculin dans un tel contexte d’exclusion. Deuxièmement, toutes les femmes doivent se voir reconnaître leurs droits fondamentaux. Pour le moment, celles qui étaient des sportives n'ont aucun avenir en Afghanistan. Il faut donc les aider concrètement. Au retour des talibans, les journalistes français ont aidé les journalistes afghans. Le gouvernement a aidé ceux qui étaient aux affaires dans le pays. Qui aidera les sportives afghanes qui vivent une situation extrêmement difficile et dont personne ne parle ? Je reçois tous les matins des messages de femmes qui réclament du secours, notamment en termes d’accueil des réfugiées…

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