Le sport au service des malvoyant·es & non-voyant·es
Le sport apporte de nombreux bienfaits aux personnes malvoyantes ou non-voyantes. Il contribue non seulement à leur santé physique, mais aussi à leur autonomie, à leur confiance en elles et à leur épanouissement social.

À 78 ans, Dany, malvoyante, l’affirme : « si je n’avais pas repris le sport, j’aurais connu une forme de déclin accéléré et j’aurais été beaucoup plus isolée. » Entre l’aquagym, la randonnée pédestre, le vélo en tandem et la marche nordique, les semaines de cette habitante de Mulhouse sont en effet plutôt bien remplies.On le sait, pour être en bonne santé, il faut bouger. Selon Santé Publique France, « l’activité physique joue un rôle essentiel pour la santé physique et mentale, le bien-être et la qualité de vie ». Une évidence d’autant plus concrète pour les personnes en situation de handicap.
« L’activité physique adaptée (APA) est largement prescrite dans le cadre de la rééducation et de la réadaptation car elle favorise l’attention, la réactivité et la santé cardiovasculaire », explique ainsi le docteur Zerkine qui exerce au sein d’un centre de rééducation. « Elle permet également d'améliorer la coordination, la perception de son environnement et le positionnement dans l’espace. » Des points cruciaux dans le quotidien des personnes malvoyantes et non voyantes. Les exercices physiques aident également à mieux contrôler les mouvements, à améliorer la posture et à développer les repères corporels. Ils peuvent contribuer à sécuriser certains déplacements, sans remplacer l'apprentissage de la locomotion.
Un outil pour sociabiliser
Toutefois pour Dany, dont la pathologie s’est véritablement déclarée à l’âge de 50 ans et dont la vue a progressivement décliné jusqu’à ce qu’elle ne possède plus que la vision périphérique, le sport a surtout été salutaire pour sa santé mentale. « C’est grâce au sport que je ne suis pas tombée en dépression », confie-t-elle. « Quand je fais du sport, je me sens libre et forte, je suis bien, je suis contente, je suis fière de moi et je me dis que la vie est belle. » En apprenant à mieux connaître son corps et à se repérer dans un espace aménagé, la personne peut de la sorte gagner en assurance dans ses activités quotidiennes. Le sport peut également encourager la prise d'initiative et la capacité à relever des défis.
Tout a donc commencé en 2017 pour ce qui concerne Dany, lorsqu’elle s’est inscrite au tandem, où les pratiquant·es évoluent à deux. Dans les pratiques partagées de la FSGT, le/la pilote à l’avant est une personne voyante. Il s'agissait non seulement d'une manière de renouer avec le cyclisme, qu’elle avait cessé de pratiquer à cause de sa vue déclinante, mais aussi d’être plus en paix avec les conséquences de sa maladie.
« Avant de commencer le tandem, je refusais de m’inscrire dans des clubs pour personnes en situation de handicap, sûrement parce que je n’acceptais pas encore de me considérer comme telle », se souvient-elle. « Pour la première fois, j’ai rencontré d’autres déficients visuels et je ne les remercierai jamais assez pour tout ce qu’ils m’ont apporté, en particulier des conseils et du courage. Quand je vois que l’une d’entre elle est aveugle et continue de tricoter, ça me donne beaucoup d’espoir et ça remet en perspective ce qui me semblait insurmontable. » C’est aussi grâce au tandem que Dany a trouvé un endroit où sa déficience visuelle n’est jamais remise en question. « Je ne peux certes plus lire ni écrire. Cependant comme je peux encore faire beaucoup d’autres choses, comme sortir marcher toute seule, les gens doutent parfois de ma condition et je dois me justifier. Au tandem, je suis tranquille, je me sens moi-même. »
Un outil pour reprendre confiance en soi
Excellent outil de sociabilisation, le sport est également un formidable vecteur de confiance en soi. « Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis surprise à réussir à faire ce qu’on me demandait alors que je ne m’en pensais pas capable », souligne Dany. Comme en 2023, où elle réalise l’une des étapes du Tour de France en reliant Belfort au Markstein, soit 133,5 km. « Je suis la seule à être allée au bout de l’étape, se souvient-elle encore surprise de son exploit. Jamais je n’aurais imaginé faire un truc pareil. » Cette année, elle a rejoint Nancy depuis Mulhouse en deux jours et demi et n'exclut pas de le refaire en 2027, mais cette fois peut-être en deux jours. Cet élan sportif a eu des répercussions positives sur l’ensemble du quotidien de Dany, allant jusqu’à débloquer des peurs et des appréhensions. « Avant, je n’osais pas sortir me promener toute seule », dit-elle. « Maintenant, je sors souvent marcher deux heures. C’est le sport qui m’a donné suffisamment confiance en moi pour le faire. Maintenant je suis en compétition contre mon orthoptiste pour savoir lequel de nous deux fera le plus de pas par jour. Pour l’instant, c’est moi qui gagne. »
Les difficultés d’accès
Si le sport est nécessaire au bien-être physique et mental des personnes malvoyantes et non voyantes, la motivation des concerné.es se trouve souvent mise à mal par la difficulté à accéder aux structures proposant les activités adaptées. « En France, les personnes en situation de handicap doivent parcourir en moyenne 50 km », souligne Stéphanie, 54 ans. Pour elle qui pratique le showdown, le vélo en tandem et même le ski de fond et la marche en raquettes l’hiver, l’aide de ses ami.es voyant.es qui pratiquent avec elle est précieuse car elle peut compter sur elles ou eux pour aller au sport et en revenir ensemble en voiture. « Il faut que les clubs qui proposent des pratiques partagées se multiplient car cela favorisera le fait d’en avoir près de chez soi », insiste-t-elle. « Beaucoup de clubs ignorent aussi qu’ils proposent des pratiques partagées, ne communiquent pas l’information et les personnes en situation de handicap passent à côté de l’occasion de les rejoindre. Il faut que les clubs sachent qu’il suffit qu’une ou deux personnes en situation de handicap pratiquent une activité chez eux pour qu’elle soit considérée comme partagée. »
En conclusion, le sport est un véritable outil de santé, d'inclusion et d'autonomie, qui permet aux personnes malvoyantes ou non-voyantes de développer leurs capacités physiques, de mieux connaître leur corps, de renforcer leur confiance en elles et de partager des expériences avec les autres.





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