«Palestine : une mission pour l'espoir...»
- La rédaction

- 30 oct.
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Dernière mise à jour : 31 oct.
Coprésident de la fédération, Antonio Fonseca a, pour la toute première fois, pris part à une mission FSGT en Cisjordanie cet été. Témoignage.

Il n'est jamais simple de se déplacer ou de mener des projets de coopération sportive dans une Palestine sous occupation israélienne. Si la FSGT réussit à le faire depuis plus de 43 ans, c'est notamment grâce à la pugnacité des militantes et militants engagé·es dans le projet, à l'immensurable résilience des partenaires palestiniens et au soutien apporté par un large réseau de collectivités territoriales, d'associations-clubs et l'Agence française de développement.
Du 23 au 31 août derniers, j'ai pu participer à une mission en Cisjordanie sous la houlette de Chloé Levaton et de Bruno Cremonesi, deux coordinateur·rices du domaine de la politique de coopération & solidarité internationales de la FSGT et du collectif de pilotage du projet « Pour le développement des politiques sportives pour toutes et tous en Palestine ».
Cette mission s'est réalisée dans un contexte politique et humanitaire complexe, à la fois par les bombardements massifs et l'occupation à caractère génocidaire menés par le gouvernement israélien dans la bande de Gaza et la volonté d’annexion de la Cisjordanie, ainsi que par l’annonce de l’intention de la France de reconnaitre l'État palestinien quelques semaines plus tard.
C'était mon premier déplacement en Palestine. Sur la route qui mène de l'aéroport de Tel-Aviv à Ramallah, je suis vite happé par la vue des nombreuses colonies israéliennes qui surplombent les villages palestiniens, par les successifs checkpoints et par les différences abyssales entre la route lisse et large assurant la « permanence territoriale » entre Israël et la Cisjordanie, réservée aux Israélien·nes, et celle plus étroite et cabossée destinée aux Palestiniennes et Palestiniens. Des signes extérieurs d'une logique d'apartheid organisée depuis plus de 70 ans, et qui annihile toute velléité de paix.
Arrivé à Ramallah, ce qui surprend de prime abord, ce sont les nombreuses citernes qui trônent sur les terrasses des maisons et qui permettent une précaire distribution d'eau potable quand celle-ci est arbitrairement coupée par les autorités israéliennes. C'est aussi l'incessante circulation de voitures donnant à la ville-capitale des faux airs de normalité, démentis dès le lendemain matin par une incursion impromptue de Tsahal dans un bureau de change du centre-ville, à quelques mètres du lieu d’une réunion au ministère de l'éducation. Le ton était donné... Et cette réalité asphyxiante, vécue au quotidien par les Palestiennes et Palestiniens, nous poursuivra jusqu'à l'intérieur du Walled off hotel de Bethléem et son impressionnante vue sur les miradors et les barbelés du mur de séparation érigé entre Israël et la Palestine.
La participation de la coprésidence FSGT à cette mission témoignait de la volonté de la direction fédérale collégiale d'exprimer de vive voix son soutien inconditionnel à Anne Dahdah, Anwar Mabrouk et Mojahed Assi, les trois salarié·es du bureau de la fédération à Ramallah, et pour montrer l'indéfectible solidarité de la FSGT à l'égard de ses partenaires en Cisjordanie.
La mission était également centrée sur les partenariats de coopération avec les différentes collectivités et les camps de réfugié·es palestinien·nes et nous a permis de constater l’impact du projet sur le terrain. Au camp d’Al Amari, la délégation a rencontré les représentantes et représentants du comité populaire et l'ensemble des animateur·rices qui ont présenté leurs activités et partagé leurs expériences. Les échanges se sont prolongés autour d’un repas traditionnel, symbole de l’hospitalité palestinienne et de la force des liens tissés avec ce projet porté avec la ville de Stains (Seine-Saint-Denis). À Jéricho, le maire et le coordinateur local nous ont accueilli·es pour faire le bilan et discuter de futures actions menées en coopération avec la ville de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). À Battir, le maire, le coordinateur et le club omnisports local nous ont reçu·es à l'occasion d’un festival sportif rassemblant 200 enfants et mettant en exergue la pédagogie FSGT et la portée humaine du projet mené avec la ville de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor). La dernière étape de la mission s’est déroulée à Bethléem, lors d’un camp d'été national réunissant des animateur·rices et des coordinateur·rices de plusieurs collectivités.
L'autre partie de la mission a permis de faire le bilan des projets en cours et d’échanger avec nos partenaires sur les perspectives de développement, en particulier pour améliorer la qualité de l’EPS, en lien étroit avec les ministères palestiniens. Nous avons pu constater les innombrables difficultés qu'ils doivent surmonter pour construire un espoir d'avenir pour leurs enfants. En Cisjordanie, la rentrée scolaire intervient par exemple dans un contexte particulièrement tendu. Les écoles doivent composer avec la saisie par Israël d’une grande partie des impôts perçus pour le compte de l’Autorité palestinienne, ce qui entraîne des retards et des retenues sur les salaires. Pour nombre de professeures et professeurs, leur rémunération est amputée en partie ou en totalité, et les écoles ne peuvent fonctionner que trois jours par semaine.
Malgré ces difficultés, la volonté des autorités et des éducateur·rices palestien·nes de continuer à offrir une EPS de qualité reste intacte. La délégation FSGT a été reçue à deux reprises par les responsables du ministère de l’éducation. Lors de ces rencontres, plusieurs axes concrets ont été abordés : la formation continue des enseignantes et enseignants, la formation en école primaire, la création d’une charte nationale pour une EPS de qualité, l’organisation d’une journée nationale du sport scolaire et la mise en place d’académies de formation dans les 18 directorats. Pour leur part, les échanges avec Basri Saleh, vice-ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur, ont permis de consolider la coopération universitaire et de préparer un séminaire organisé en octobre à Nantes.
La rencontre avec Islam Qadomi, ministre des sports, a constitué un autre moment clé de la mission. Elle a permis d'acter la mise en place du certificat national d’animateur·rice sport pour toutes et tous, mobilisant également le ministère des collectivités palestiniennes. Ce dispositif représente un aboutissement majeur pour le projet en offrant à la Palestine un vivier d’animatrices et animateurs qualifié·es et reconnu·es et en renforçant les perspectives de coopération.
Tout au long de la mission, les discussions ont porté sur le bilan de l’année écoulée et les perspectives pour la suite, notamment la création d’un projet commun entre le ministère de l’éducation et le ministère des sports avec la participation de la FSGT. Et cette mission a confirmé que l’amélioration de l’EPS reste un enjeu central pour l’avenir de l’enfance et de la jeunesse palestinienne.
Elle a illustré comment le projet FSGT contribue concrètement à renforcer les compétences des enseignant·es et des animateur·rices, tout en offrant des perspectives durables dans un contexte ô combien difficile.
Au-delà des bilans, la mission a permis la mise en lumière de la force humaine et créatrice des liens tissés avec nos partenaires en Palestine, l’énergie infinie des animatrices et animateurs et la capacité du projet à créer de l’espoir, de la solidarité et de l’émancipation par le sport. On en sort bouleversés - saisis de plein fouet par l'incommensurable humanité dégagée par ses millions de destins, mille fois bafoués et déniés par une puissance occupante impérialiste - et on se dit que le peuple palestinien a compris qu'il est condamné à l'espoir…







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