Vitry fait son cirque
- Nicolas Kssis

- 30 sept.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 oct.
Le sport populaire ne connaissant ni frontières ni limites, les arts circassiens ont trouvé naturellement leur place à l'ESV.

Cela fait maintenant une trentaine d’années que l’activité cirque a vu le jour au sein de la section gymnastique de l’ESV (Entente sportive de Vitry-sur-Seine), dans le Val-de-Marne. À l’origine de cette innovation, Bernard Bouquin, qui aime rappeler au passage le credo de Panar’Circus, l’association support de la section au sein de l’ESV : « Le cirque où l’on prend son pied, dit son “panard” ». Autrement dit, l’essentiel est donc le plaisir.
Issu d’une famille de trois générations de gymnastes et lui-même amateur de gym, il a vite ressenti le besoin d’élargir sa pratique, de la confronter à de nouveaux horizons et de nouveaux enjeux, sans sectarisme ni a priori. Il s’en expliquait ainsi dans Sport et plein air, en février 2004 : « À l’adolescence, les jeunes de la section “décrochaient”. La rigueur des entraînements et des compétitions devenait une contrainte. » Il proposa alors « de lancer une activité plus ludique, leur permettant de continuer à pratiquer tout en découvrant de nouvelles disciplines. Nous avons initié le cirque dans la section gym. »
Ce pari et cette audace connurent rapidement un succès croissant, permettant à la section de s’ouvrir au-delà de ses murs et de ses gymnases. Ses membres allaient à la rencontre des jeunes de la ville dans leurs lieux de vie et présentaient leurs animations à destination d’un public en situation de handicap sur la place du marché.
Alice Meunier, une des adhérentes de la section âgée de 26 ans - dont le portrait est visible dans En corps & contre tout, une exposition queer et féministe imaginée par la FSGT et présentée lors de la dernière Fête de l’Humanité -, retrace son cheminement au sein de cet univers singulier : « Je suis entrée dans la section cirque à l’âge de dix ans. Je voulais m’initier aux arts circassiens, découvrir le trapèze… » Une envie intime, nourrie par l’enfant qu’elle était alors, les yeux levés vers le ciel. En somme, « le rêve d’une fillette qui voulait voler ».
Plus tard, la jeune femme y trouva aussi un puissant écho à ses convictions, au sens large. « Ce parcours associatif entre en parfaite résonance avec mes engagements personnels : militante d’éducation populaire, féministe, défenseuse des droits de l’enfant, femme cis-genre hétérosexuelle et alliée de la cause LGBTQIA+ ».
La route ne fut pas sans obstacles. Bernard Bouquin raconte une aventure où il s’imposa sans cesse de remettre l’ouvrage sur le métier : « Pour trouver des formes permettant de mêler expression, gymnastique, musique et techniques de cirque, il a fallu se remettre constamment en question. » Des résistances se firent aussi entendre, notamment dans le petit monde traditionnel de la gym, parfois un peu conservateur. « Certains animateurs, installés dans une pratique classique de compétition, pensaient que nous dénaturions l’activité », se souvient-il sur la page Facebook de Panar’Circus.
Aujourd’hui, la section compte une cinquantaine de membres, de plus en plus d’adultes d’ailleurs, qui se retrouvent et s’exercent le mercredi et le vendredi (selon leur âge ou leur niveau) au gymnase Joliot-Curie. L’activité est animée entièrement par des bénévoles, principalement d’ancien·nes circassien·nes. Le souci de la transmission est essentiel. Alice Meunier le confirme à travers son expérience : « Dans notre club, le bénévolat est toujours privilégié. Pour ma part, dès 13 ans, je m’occupais des enfants ; à 18 ans, des ados et des adultes. Aujourd’hui, je suis la référente de la section et je suis très heureuse de transmettre aux jeunes animateur·trice·s ce que j’ai appris. »
Cet investissement l’a également menée hors de nos frontières, vers des rencontres inattendues. « Grâce à la FSGT, je suis allée dans les camps sahraouis en Algérie, j’ai participé à la Vivicittà, rencontré des Palestinien·nes… » Rien d’étonnant puisque, pour elle, le cirque se situe en effet « à la croisée du sport, de l’art et de la culture et constitue un outil politique important ».







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