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2024 I Le sport, la grande arnaque nationale ?

Dernière mise à jour : 26 avr.

La grande cause nationale de l’année 2024 est dédiée à la promotion de l’activité physique. Mais, pour l’instant, aucune action pouvant réellement permettre de développer le sport pour toutes et tous n’a été enclenchée.

 

La nouvelle piscine de Bobigny a servi de supports aux derniers fédéraux de natation FSGT. Mais la Seine-Saint-Denis manque encore cruellement d'équipements... © Nelcia Saïd-Aly

Lors d’un déplacement en 2021, le président de la République Emmanuel Macron, avait dégainé le slogan, dorénavant légendaire, de « nation sportive » pour définir la perspective des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris. L'année suivante, il annonçait que la grande cause nationale de 2024 serait dédiée à la promotion des activités physiques et sportives (APS).

Il s’agit là de conjurer une ancienne lamentation très hexagonale. Depuis la fin du dix-neuvième siècle, les promoteurs du sport ne cessent de se plaindre d’une France qui n’accorderait pas la place qu’il mérite dans le cœur de nos compatriotes. Un constat qui expliquerait occasionnellement les échecs ou le déclin du pays sur la scène internationale.

Le développement de la gymnastique en Prusse, considéré comme une des raisons profondes de la défaite de 1870 et de la perte de l’Alsace-Lorraine, avait provoqué l’essor de cette discipline dans le pays. Le Front populaire fonda en partie son souci de la chose athlétique par son ambition de ne pas abandonner les stades aux totalitarismes nazi et fasciste menaçants aux frontières.

Par la suite, soit s’appuyant alternativement sur le modèle soviétique ou de la RDA, ou sur l’exemple triomphateur des États-Unis et de leur religion sportive, la France semblait toujours à la peine ou loin d’égaler les grandes puissances de son temps. La politique sportive d’État sous le gaullisme avait d’ailleurs été impulsée en réaction à la débâcle pendant les JO de Rome en 1960.

Peu importe si aujourd’hui la patrie de Zinedine Zidane et de Marie-José Pérec compte 17 millions de licencié·es et un important réseau associatif, le constat morose demeure dans toutes les têtes. Il est également vrai que la France figure parmi les mauvais élèves en matière d'activité physique, classée au 119e rang mondial par l’OMS.


La culture sportive de l’école

 

« On n'est pas du tout un pays de sport ! » Il y a quelques mois, sur le plateau de l’émission Quelle Époque !, Florent Manaudou s’épanchait avec tristesse et résignation. Le nageur pointait notamment la réduction des heures d'EPS dans le cadre scolaire.

De fait, l’école semble bel et bien l’outil numéro un en France pour inculquer une véritable culture sportive auprès de l’ensemble de la population, en particulier à celles et ceux qui en semblent éloigné·es pour des raisons économiques voire culturelles. Dans L’Humanité (14/03/24) Coralie Benech, cosecrétaire générale du Snep-FSU, principal syndicat chez les enseignant·es, défendait bec et ongles la nécessité de cette matière dans le cursus des élèves :

« Il faut permettre à l’EPS de fonctionner à l’école car c’est le premier lieu de démocratisation du sport ».

L’enjeu se cristallise surtout sur la définition de la valeur éducative du sport. « En primaire, les "30 minutes", sans exigence en termes de contenu ni d’installations sportives, se font en pratique au détriment des trois heures d’EPS qui sont au programme, parce que c’est plus facile à mettre en place et parce que nos collègues professeurs des écoles ont de moins en moins d’EPS dans leur formation », poursuivait Coralie Benech. Le Snep a donc lancé la campagne #EPS2024, bénéficiant du soutien, entre autres, du tennisman Hugo Grenier et de la FSGT.

Cette problématique indique clairement le danger d’une visée finalement utilitariste du sport, camouflée derrière un storytelling politique. Dans une tribune publiée dans Le Monde en mars dernier, Olivier Rey et Maxime Travert, respectivement maître de conférences et professeur à l’université d’Aix-Marseille, assuraient que si l’objectif de l’EPS « est d’atteindre une quantité de pratique suffisante pour avoir un effet sur la santé physique », son ambition « ne peut pas se résumer à la construction d’un lien formel entre un corps et son esprit autour de la santé par des habitudes de vie active. Elle est avant tout éducative. »


Un sport associatif bien isolé

 

Toutefois, le sport associatif est également concerné. La baisse des investissements publics, que l’effort exceptionnel consenti pour les JOP ne saurait masquer, se conjugue avec la pression du secteur marchand qui, via les salles de sport par exemple, ne désire pas laisser échapper la manne des APS « bien-être ».

Sans service public du sport, étoffé et de qualité, sera-t-il possible de répondre aux besoins d’inclusion dans les pratiques ? Dans un article publié sur Franceinfo le 7 avril 2024, de nombreuses personnes en situation de surpoids exprimaient de la sorte le besoin d’être considérées comme des sportifs·ves à part entière, et non seulement des cas d’obésité à soigner par l’activité physique pour résorber le déficit de la sécurité sociale. « À la salle de sport, à la piscine, je passe à peine dans le tourniquet à l'entrée », confessait Pelphine, 33 ans. « C'est humiliant… Il y a cette idée reçue, selon laquelle les personnes grosses ne veulent pas faire de sport, mais c'est le sport qui ne veut pas de nous. »

« Il y a un préjugé très fort dans la société que l'obésité est liée à un manque de volonté, alors que l'obésité est régie par une multitude de facteurs », confirmait Alice Bellicha, enseignante-chercheuse à l'université Sorbonne Paris Nord et spécialiste de l'alimentation et de l'activité physique.

« Il y a toujours des gens pour penser que c'est en les stigmatisant qu'on va les pousser à perdre du poids. »

L’antithèse d’une vision émancipatrice du sport.

C’est bel et bien la capacité du tissu associatif à reprendre le flambeau de cet élan olympique qui devrait se retrouver au centre des réflexions et des plans du gouvernement. Pour l’instant, une rapide recherche sur Google renvoie surtout à une pléthore de sondage qui illustreraient l’idée que les Français·es accordent désormais plus d’attention à leur condition physique grâce aux JOP…

D’ailleurs, le ministère des sports a récemment diffusé un dossier afin de présenter les principales retombées attendues de Paris 2024, et la pratique sportive est le troisième thème développé dans ce document. « Si le vœu exprimé dès 2017 par Emmanuel Macron d'augmenter de trois millions le nombre de pratiquants et de faire de la France une nation sportive n'est pas encore devenu réalité, les Jeux ont permis des "investissements massifs" dans les équipements sportifs et sur tout le territoire, mais aussi un renforcement des actions en faveur du sport-santé ou du sport comme outil d'insertion », notait le média Localtis en mars dernier. Or la prégnance de ce type de rhétorique et la dimension incantatoire autour de l’héritage des JOP ne serviraient-elles pas à évacuer, dans le cadre du plan d’austérité annoncé par le premier ministre Gabriel Attal, les besoins d’investissement massifs dans l’ensemble du pays ? Avec le danger, une fois les Jeux passés, de laisser aux collectivité la charge de gérer l’intendance et au milieu associatif de se débrouiller pour justement faire de la France cette fameuse nation sportive…


 

Près de neuf millions de licencié·es dans les fédérations olympiques

 

Juste avant la tenue de Paris 2024, l’Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire et l’Insee ont tenu à réaliser un panorama des licences sportives dans les 32 fédérations olympiques. En 2022, ces dernières « ont délivré 8,8 millions de licences sportives annuelles », indiquent les auteur·rices de l’étude dans un résumé. « Rapporté à la population, le nombre de licences est plus élevé dans les régions de la façade atlantique (Pays de la Loire, Bretagne et Nouvelle-Aquitaine), ainsi que dans les territoires urbains de densité intermédiaire ou le rural périurbain. » Les fédérations de football, de tennis et d’équitation concentrent près de la moitié des licencié·es et une licence sur trois est détenue par une femme, un chiffre en augmentation. « Après avoir chuté durant la crise sanitaire, le nombre de licences délivrées par les fédérations sportives olympiques a retrouvé son niveau de 2017 », est également précisé dans le panorama. « Par ailleurs, les fédérations olympiques d’hiver ont délivré 134 000 licences, les fédérations non olympiques 1,7 million et les fédérations paralympiques 82 000. »


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