« L’objectif est que l’intégration des personnes transgenres se réalise le plus naturellement du monde »
Fidèle à son histoire et ses valeurs du sport populaire, la FSGT s’engage contre les discriminations liées à l’identité de genre.

Sarah, comédienne et professeure de théâtre, footballeuse transgenre au sein du PC Paris Arc-en-ciel, qui a participé à l'exposition En corps et contre tout.
À la FSGT, le retour des tests de féminité annoncé par le CIO en mars dernier a provoqué une levée de boucliers. Le 7 mai, aux côtés de 62 autres membres et structures sportives et associatives, la fédération publiait une tribune dénonçant « un retour en arrière de plusieurs décennies pour la lutte contre les discriminations liées aux genres », mais aussi, plus largement, une manière de « contrôler le corps de toutes les femmes ». « Associées à la montée des discours conservateurs sur le genre, ces normes d’éligibilité sportive sont des choix politiques qui font écho à la montée du fascisme et des idées réactionnaires dans le monde », ajoutaient à l’unisson les signataires. Une position réaffirmée le 3 avril 2026 dans les colonnes de L’Humanité par Céline Machado, coprésidente de la FSGT, qui pointait du doigt « une décision profondément injuste ».
L’ADN de la FSGT
Si la FSGT a publiquement donné de la voix pour défendre les droits des personnes transgenres et intersexes, elle a également poursuivi ses efforts en interne pour être en cohérence avec son discours. Pour ses représentant·es, la ligne directrice est claire : « la Direction fédérale collégiale est dans une logique d’inclusion », déclare le coprésident Thomas Valle. « C’est dans la nature même de la fédération qui est contre toutes les formes de discrimination. Tout le monde doit pouvoir participer à nos activités et il est important pour nous que les personnes transgenres puissent pratiquer à la FSGT dans un climat de sécurité. » L’inclusion des personnes transgenres est en effet inscrite dans l’ADN de la fédération, consignée dans l’engagement numéro 4 de ses statuts : « la FSGT s’engage à respecter l’égalité de tous devant la loi. Elle s’engage, dans son fonctionnement interne comme dans ses rapports avec les tiers, à ne pas opérer de différences de traitement fondées sur le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, l’appartenance réelle ou supposée à une ethnie, une Nation, une prétendue race ou une religion déterminée qui ne reposeraient pas sur une différence de situation objective en rapport avec l’objet statutaire licite qu’elle poursuit, ni cautionner ou encourager de telles discriminations. »
Cette politique non-discriminatoire s’applique dès l’inscription dans les activités, les licences se faisant sur la base du déclaratif. Il n’est donc pas nécessaire de présenter des papiers d’identité pour obtenir une licence, et ainsi il n’est pas nécessaire de préciser ni de prouver le genre dans lequel on souhaite se licencier. Si cette mesure est un bon point de départ, elle demeure très insuffisante. « La FSGT n’est pas exempte de cas de transphobie », souligne Lily Rogier, membre du collectif Identité de genre et chargée de l’égalité femmes-hommes au sein de la fédération. « C’est pour cette raison que le collectif a été relancé en avril 2026 et explore actuellement différentes pistes de réflexion pour faire de la FSGT un espace véritablement inclusif. »
Les champs d’action envisagés
Pour commencer, le collectif Identité de genre souhaite revoir sa propre composition pour intégrer davantage de personnes concernées. « L’objectif est que les solutions que l’on propose répondent véritablement à leurs besoins », explique Lily Rogier. « En menant ces réflexions sans les premier·es concerné·es, on risque tout simplement d’être complètement à côté de la plaque. » Un appel est de la sorte lancé aux clubs LGBT+ affiliés à la FSGT et à d’autres structures spécialisées comme Transpire, association sportive et militante à destination des personnes trangenres, non-binaires et intersexes.
Repenser les questionnaires. Nombre de documents comme les demandes de formation ou les inscriptions à des évènements par exemple, demandent encore de préciser son genre en cochant la case homme ou femme. « Il faut que l’on réfléchisse à une solution pour inclure les personnes qui ne se retrouvent dans aucune des deux », insiste Lily Rogier. « Il faut que la fédération adopte une posture inclusive et sorte d’une vision binaire du genre, que ce soit lors des rencontres en présentiel ou dans les manières de recenser les informations dans ses différents dispositifs. » Le collectif suggère ainsi de remplacer la question du genre par celle du pronom par lequel les personnes se définissent : il, elle ou iel. « Cela éviterait aussi de mégenrer », ajoute Lily Rogier.
Former les salariés à toutes les formes de discriminations. Certaines ont d’ailleurs des bases communes. « Les inégalités de genre découlent du sexisme qui est aussi la base de l’homophobie et de la transphobie », rappelle Lily Rogier. Pour Thomas Valle, l’axe de la pédagogie est indispensable et participe d’une logique de maintien du dialogue à tous les niveaux de la fédération. « Ces questions sont souvent peu connues parmi les licenciés, les salariés, les bénévoles et dans les territoires en général, observe le co-président. Les jeunes sont peut-être plus sensibilisés parce qu’ils ont grandi avec ces conversations, mais pour d'autres c’est nouveau, ça fait peur et peut générer beaucoup de préjugés. Il faut accueillir la parole, les peurs et expliquer. » Parfois, les préoccupations s’avèrent aussi très concrètes, comme celle qui concerne la répartition des vestiaires. « Ce sujet pose aussi la question des infrastructures disponibles », souligne Thomas Valle. « Mais le problème n’est pas nouveau. Nous y sommes déjà confrontés avec les pratiques mixtes pour lesquelles il n’y a parfois pas de vestiaires pour les femmes. »
Quatrième axe : agir face aux cas de transphobie et accompagner les victimes au sein de la FSGT. Actuellement, Amy Nguyen, Conseillère technique sportive, est la personne référente pour accueillir la parole des victimes.
Enfin, le collectif aimerait accompagner les structures de la FSGT qui souhaitent améliorer l’accueil des personnes transgenres.
« Il y a des limites à ne pas franchir »
Interrogé·es sur les principales difficultés pour mener à bien ces réformes, les réponses de Lily Rogier et Thomas Valle concordent : elles sont structurelles. « La FSGT est constituée autour de la bi-catégorisation du sport qui est une discrimination de genre en tant que telle », explique Lily Rogier. « Cela tient aux origines mêmes du sport, pensé par les hommes et pour les hommes. » Cependant, la chargée de l’égalité femmes-hommes ne s’interdit pas de rêver. « Peut-être qu’un jour, la FSGT sera la première fédération de sport à arrêter la bi-catégorisation pour mettre fin aux discriminations de genre ? » En attendant, Thomas Valle garde espoir dans le fait que les mentalités changent. « À terme, on aimerait même que ce ne soit plus un sujet et que l’intégration des personnes transgenres se fasse le plus naturellement du monde. »
D’ici là, le coprésident assume une posture intraitable concernant le respect dû à toustes les pratiquant.es de la FSGT. « Il y a des limites à ne pas franchir », affirme-t-il. « Dans certains clubs, nous avons été confronté·es à de la transphobie, certes par ignorance, mais parfois exprimée de manière virulente. Nous avons rappelé les règles de base et certains propos pouvaient faire l'objet de sanctions. On peut comprendre la maladresse par ignorance, mais en aucun cas la violence, qu’elle soit physique ou verbale. »




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